mardi 15 juillet 2008

Culture de la peur

Seth Freedman - The Guardian, Comment is free – 22 juin 2008

L'histoire a tendu au peuple juif la peur de l'annihilation sur un plateau – mais, alors que la peur existe, ce qui est redouté pourrait ne pas exister.

Ce matin, j'étais invité à parler devant un groupe de coopérants souhaitant vivement approcher les communautés juives israéliennes et de la diaspora, avec leur dernière campagne. Ils sont, et on le comprend, plein d'appréhension quant à la meilleure marche à suivre, étant donné le champ de mines qui se trouve sous les pieds de celui qui tente de critiquer des éléments de la politique d'Israël.

Nous avons discuté du moyen le plus efficace de dessiller les yeux des gens sur la réalité de l'occupation, afin de leur faire sentir la vérité de ce qui est perpétré au nom de la sécurité d'Israël. Etant donné la volte-face que j'ai opérée depuis mon installation en Israël, il y a quatre ans, on m'a demandé de décrire l'expérience qui aura eu pour moi, jusqu'ici, l'influence la plus marquante comme catalyseur dans ce parcours politique dans lequel je me suis embarqué.

Sans hésiter, j'ai répondu que cela avait été ma balade illicite à Bethléhem, pendant un week-end de permission de l'armée. Notre unité était de service dans la ville à ce moment-là et, jusqu'alors, j'avais été conditionné à voir les habitants comme des terroristes en puissance, qu'il fallait traiter en conséquence afin de conjurer une menace mortelle pour nous.

Sans M16 au flanc, ni grenade dans mon sac, j'ai traversé le checkpoint et fait mes premiers pas hésitants en ce qu'on appelle terrain ennemi. Habillé d'un jeans et d'un T-shirt, j'ai parcouru ces mêmes rues du camp de réfugiés d'Aida où j'avais patrouillé, la veille, armé jusqu'aux dents et avec l'appui de cinq autres soldats.

Je regardais en passant ces mêmes fenêtres et ces mêmes portes que j'avais précédemment dû scruter à la manière d'un rapace, pour le cas où un homme armé d'un fusil ou d'une bombe en aurait surgi à l'assaut de notre unité. Je regardais calmement ces mêmes bandes de jeunes dont il me fallait, lorsque j'étais en uniforme, juger en un instant s'ils étaient bien intentionnés ou s'ils en voulaient à ma vie.

La peur instillée en moi par l'armée s'était évanouie dès lors que j'étais simplement un touriste déambulant dans la ville. Inversement, plus je portais d'armes et d'attirail de protection et plus l'endroit se faisait menaçant, ce qui – je l'ai alors compris – était une distillation du cœur et de l'éternel paradoxe d'Israël, et qui le poursuit depuis le moment où l'Etat a été créé.

Pour qu'il y ait une justification à l'existence d'Israël, il faut d'abord qu'une menace existentielle pèse sur le peuple juif. Je vous l'accorde, l'histoire nous a tendu sur un plateau la peur de l'annihilation, mais ce n'est pas parce que la peur existe qu'il s'ensuit nécessairement que ce qui est redouté existe aussi.

Un élément de narration frappant dans la tradition juive est que, à chaque génération, une manifestation d'Amalek tentera d'exterminer le peuple juif, tout comme l'avaient fait les Amalécites maraudeurs, durant l'exode des Juifs d'Egypte. Romains, Babyloniens, Grecs, Soviétiques et Nazis ont tous été, on le comprend bien, baptisés les Amalécites du jour, et c'est maintenant l'Iran qui est promu au titre de plus récent membre de cette dynastie multimillénaire.

La hantise de l'extermination est l'as dans le jeu juif des émotions et elle a été capitalisée par le ton virulent du nationalisme encapsulé dans le sionisme d'aujourd'hui. Occuper tout un peuple et écraser, depuis 40 ans, ses espoirs et ses rêves ? Un mal nécessaire – si nous ne le faisons pas, nous sommes foutus. Transgresser le droit international, la moralité de base et même les doctrines centrales de notre propre religion apparemment pleine de compassion ? Désolé, mais vous devez comprendre qu' « ils » veulent tous notre mort ; c'est eux ou nous, pour l'éternité.

La question de savoir qui « ils » sont est presque dépourvue de signification. Un jour, ce sont les Palestiniens parce qu'ils ont l'audace d'essayer de secouer le joug de l'oppression; un autre jour, c'est la gauche européenne parce qu'elle a le toupet d'intercéder en faveur de la justice et de la décence. « Ils » peuvent être un bandit isolé, comme Norman Finkelstein ou « ils » peuvent être un milliard de personnes, comme la population musulmane toute entière dans le monde, commodément rempaqueté en un groupe homogène fondé sur un profilement racial faux.

Des murs de béton sont construits entre « eux » et « nous »; des ordres sont donnés qui interdisent aux Israéliens de franchir la ligne de partage avec le territoire de l'Autorité Palestinienne – toujours sous la bannière de la protection de la sécurité des Israéliens. En réalité, pourtant, ce ne sont qu'une insidieuse tentative de couper hermétiquement Israël du monde extérieur et de convaincre les Israéliens qu'il s'agit d'une mesure inévitable.

Ceux d'entre nous qui sont venus, ont vu et ont conquis nos préjugés sur la rue palestinienne savent parfaitement bien que les canards qui sont propagés sont simplement absurdes. Bien sûr, il y a, au sein du peuple palestinien, des militants très remontés et très violents, mais il y a tout pareillement, dans la société israélienne, des éléments dangereux, tout comme dans tout groupe ethnique de part le monde.

La réaction parmi mes amis israéliens quand ils m'entendent parler de mes balades à Jénine, Ramallah ou Betléhem, est habituellement une réaction d'horreur que j'aie même seulement posé le pied dans ces villes, sans parler des contacts avec les habitants et des visites chez eux. « Ils te tueraient s'ils savaient que tu es juif », hurlaient-ils, parfaitement convaincu qu'un loup palestinien se tapit derrière chaque porte de camp de réfugiés. La réalité est évidemment toute différente ; à peu près tous ceux que je rencontre savent que je suis à la fois juif et israélien, et – jusqu'ici – je n'ai jamais été battu, décapité ni matraqué à mort.

Il n'y a aucune difficulté à comprendre pourquoi la mythologie et les idées fausses fleurissent, sans examen, chez l'homme de la rue israélien ou dans la communauté juive de la diaspora. Dans le vide laissé par la séparation forcée entre Juifs et Palestiniens, on a droit à une débauche d'inventions exubérantes, la fiction devenant vérité dans l'esprit des masses. On comprend aussi que le gouvernement encourage et fasse la promotion de telles fables, afin d'engranger un soutien en faveur de leur incessante politique d'irrédentisme et d'assujettissement.

Mais le seul fait que ce soit compréhensible ne le rend en aucune manière acceptable. Morale et éthique sont écrasées sous les pieds du mastodonte du nationalisme, et ce qui serait parfaitement déplaisant en n'importe quelle autre circonstance devient quelque chose de non seulement toléré par la société mais d'activement encouragé par l'électorat israélien et ses adulateurs de par le monde.

En continuant de provoquer et de brutaliser les Palestiniens, ils créent ce qu'ils redoutent. Encore une génération d'Amalécites marqués au fer, encore une raison pour les Israéliens de disposer les chariots en cercle, de se préparer à faire face et de se convaincre que c'est simplement leur lot d'être éternellement haïs et invectivés. Et jamais aucun niveau de pression bien intentionnée ne peut suffire pour pénétrer la couche pétrifiée de défiance entre le peuple juif et le monde extérieur.

(Traduction de l'anglais : Michel Ghys)

La Sûreté Générale interroge un haut responsable des « Médecins pour les Droits de l’Homme » à propos de l’activité de l’association

Akiva Eldar - Haaretz, 3 juin 2008
Version anglaise - Physicians for Human Rights official detained by Shin Bet

La Sûreté Générale : ce haut responsable a été interrogé parce que soupçonné d’activité hostile ; le directeur des cliniques de l’association s’est vu signifier qu’il ne pourrait entrer à Gaza que s’il s’engageait à ne pas s’occuper de questions politiques.

La Sûreté Générale [Shabak] a récemment interrogé un des hauts responsables de l’organisation des Médecins pour les Droits de l’Homme (PHR-Israël) sur l’activité de l’association, son budget, l’identité des contributeurs, elle a pris des renseignements concernant d’autres employés de l’association et a voulu savoir si les médecins bénévoles recevaient de l’argent pour leur activité en son sein. En outre, le responsable en question, Salah Haj Yehya, s’est vu interdire de rendre visite aux membres de l’organisation à Gaza, après avoir été placé sous statut d’ « empêché pour raison de sécurité ». La Sûreté Générale a fait savoir à « Haaretz » que cet empêchement pour raison de sécurité visant Salah Haj Yehya était lié à une activité hostile et qu’à aucun moment il n’avait été dit que cela découlait d’une activité politique.

Salah Haj Yehya, un Israélien de Taibeh qui travaille comme directeur des cliniques de l’organisation, a été interrogé sur des rencontres qui avaient été organisées par les représentants des « Médecins pour les Droits de l’Homme » dans la Bande de Gaza, notamment avec le Président du Parlement et Ministre de la Santé. Il a été interrogé sur son appartenance à des associations caritatives et à des associations politiques ainsi que sur ses déclarations faites dans les médias, et il a été invité à livrer ses numéros de téléphone. Son interrogateur lui a fait clairement comprendre que les détails de sa vie personnelle étaient parfaitement connus de la Sûreté Générale et il lui a même demandé, comme incidemment : « ça vous dérange si je vous téléphone de temps à autre ? »

Salah Haj Yehya a organisé une équipe de médecins membres du PHR et l’a conduite à l’occasion de deux visites qui ont eu lieu cette année à Gaza. Au cours de ces visites, les médecins ont rencontré des membres du corps médical et ont récolté des informations sur la crise humanitaire dans la région. Les membres de la délégation ont dispensé des soins médicaux à des patients dans les deux principaux hôpitaux de la Bande de Gaza. Les notes de cette visite ont été publiées sur le site Internet de l’association et dans des communiqués de presse.

Il y a six semaines, le commandant [israélien] chargé de la coordination et de la liaison à Gaza a donné son accord pour une autre visite des médecins dans la Bande de Gaza mais en annonçant que Salah Haj Yehya se trouvait, lui, « empêché pour raison de sécurité ». En réponse à une démarche effectuée auprès d’elle par deux membres de la direction du PHR, le professeur Raphi Valden et le Dr Dany Filc, par l’intermédiaire du député Haim Oron, la Sûreté Générale a fait savoir que l’empêchement serait levé si Salah Haj Yehya prenait l’engagement de ne s’occuper que de questions humanitaires, lors de ses futures visites à Gaza, et pas de questions politiques.

Le même jour, avant même que les membres de l’association n’aient eu le temps de demander des éclaircissements quant à l’autorité censée décider de la définition de l’idée de « questions politiques », Salah Haj Yehya était convoqué pour interrogatoire par la Sûreté Générale. Au terme de l’interrogatoire, l’enquêteur leur a fait savoir que « l’empêchement pour raison de sécurité » avait été levé après qu’il ait été dit à Salah Haj Yehya qu’il devait s’abstenir de toute activité qui ne soit pas humanitaire.

Dans une lettre adressée à Youval Diskin, chef de la Sûreté Générale, les membres de la direction du PHR ont protesté contre « un franchissement d’une ligne rouge dans un régime démocratique », en indiquant que puisque la seule raison de la convocation de leur collègue était son activité dans le cadre de l’association, cette convocation et cette intimidation – fût-elle dissimulée – étaient totalement illégales et invalides. Les médecins ont affirmé que la menace voilée d’intrusion dans la vie privée du directeur de clinique et le choix d’un Arabe israélien et de quelqu'un qui n’est pas médecin parmi les membres de la délégation, constituaient une tentative de porter atteinte à la capacité de celui-ci et à celle de l’association d’agir librement. Les médecins ont insisté sur le fait que les rencontres qui avaient eu lieu dans la Bande de Gaza ne touchaient pas à la sécurité de l’Etat et ne constituaient pas une violation de la sécurité.

D’après eux, la Sûreté Générale a elle-même expliqué, au départ, que « l’empêchement pour raison de sécurité » visant Salah Haj Yehya se fondait sur une activité politique. Les médecins ont ajouté que leurs rencontres professionnelles à Gaza et l’information qu’ils ramènent d’un lieu rendu inaccessible aux journalistes [israéliens] étaient effectivement susceptibles de casser l’image de la réalité que la Sûreté Générale tente de donner, mais contribuaient à la solidité de la démocratie israélienne.

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

La Sûreté Générale craint que Bishara ne recrute pour le Hezbollah

Jacky Khoury - Haaretz, 4 juin 2008

Le centre Adalah a demandé l’arrêt des enquêtes politiques visant les militants du parti Balad. La Sûreté Générale [Shabak] a fait savoir, en réponse, que ces enquêtes étaient guidées par la crainte d’un recrutement de militants pour des organisations hostiles.

L’enquête dont des membres du parti Balad font l’objet de découle pas de considérations politiques, mais de la crainte qu’ils ne fassent du recrutement au profit d’éléments hostiles, notamment du Hezbollah, peut-on lire dans la réponse adressée par la Sûreté Générale au Conseiller juridique du gouvernement. Et ceci en réaction à une interpellation du Conseiller juridique, Meni Mazouz, par le centre juridique Adalah qui demandait l’arrêt de ce qu’il appelle des enquêtes politiques visant des militants du parti Balad.

D’après les informations dont dispose la Sûreté Générale, l’ancien président de Balad, Azmi Bishara, continue d’avoir en ce moment même des contacts directs avec des éléments hostiles à l’Etat d’Israël. En Israël, Bishara est recherché pour enquête, sur fond de ses liens avec l’organisation du Hezbollah. Dans la réponse de la Sûreté Générale, est indiqué qu’existe la crainte que les contacts de Bishara avec des instances, en Israël, qui lui sont liées, soient exploités à des fins hostiles, y compris pour recruter à des fins d’activité au service du Hezbollah ou pour du lobbying en faveur d’une autre activité illégale, tout en trompant sur le véritable objectif.

Au parti Balad, on a exprimé de la colère à propos de cette réponse et de son contenu. L’avocat Riad Anis, un des hauts responsables du parti, a indiqué que tous les militants avaient signalé à leurs interrogateurs qu’ils « agissaient par foi dans leur rôle politique et national, que leur action n’était pas contraire à la loi et que cette enquête n’était que la suite du harcèlement politique visant Azmi Bishara et les militants de Balad. »

Le président du groupe Balad, le député Jamal Zahalka, a déclaré que la réponse de la Sûreté Générale était mensongère à la base et s’appuyait sur une falsification des faits. Selon lui, l’enquête s’est focalisée sur l’activité politique des militants de Balad, et en particulier sur leur opposition au service national et autre activité dans les localités arabes. Selon Jamal Zahalka, le contact avec Azmi Bishara sera maintenu et prétendre qu’il représente un danger pour la sécurité de l’Etat ou qu’il s’occupe du recrutement d’agents hostiles est « une affirmation mensongère et pitoyable dont le but est de faire peur aux gens et de les inciter à couper le contact avec lui.

« Azmi Bishara n’a aucune expérience militaire et il n’est pas possible de le considérer comme un expert militaire, mais apparemment il en est qui s’inquiètent des explosifs idéologiques et des grenades politiques que Bishara porte avec lui », a dit Jamal Zahalka.

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

Objectif : détruire le réseau civil du Hamas en Cisjordanie

L'armée israélienne renforce la lutte contre les « associations caritatives »

Amos Harel - Haaretz, 7 juillet 2008
Version anglaise - IDF to crack down on Hamas in West Bank

Un officier supérieur : « Il y a ici un défi qu'Israël n'a pas relevé. Ce devrait être une offensive de l'Etat. »

La Défense renforcera prochainement l'offensive contre les réseaux civils du Hamas en Cisjordanie. Le commandement central de l'armée israélienne projette de fermer un nombre important d'associations caritatives identifiées à l'organisation, de confisquer leurs biens et de saisir, pour investigation, ordinateurs et documents rendant compte de leur activité. Depuis le début de l'année, des opérations semblables ont été réalisées dans la région d'Hébron, Kalkiliya et Ramallah, mais la campagne sera prochainement très nettement étendue, y compris dans d'autres régions de Cisjordanie.

L'armée israélienne a récemment obtenu le feu vert juridique pour alourdir les sanctions prises à l'encontre d'organes civils liés au Hamas (le dispositif de la « Dawa »). Se voit ainsi autorisée aujourd'hui, entre autres, la confiscation de biens procurant des revenus aux associations liées au Hamas même si elles n'ont pas de lien clair avec une activité terroriste. C'est ainsi que l'armée israélienne a fermé un centre commercial à Hébron, du fait de liens avec des associations islamiques identifiées au Hamas, qu'elle a fermé des ateliers de couture et confisqué des autobus de la société de transport appartenant à l'association islamique. De même, des bureaux ont été fermés, des entrepôts et divers avoirs financiers. A Hébron, l'armée a interdit l'ouverture d'une nouvelle école dont la construction est déjà achevée, et ceci en raison d'un lien avec le Hamas.

Au sein de l'armée, on affirme que la fermeture de ces institutions prive le Hamas d'une source essentielle de revenus destinés au terrorisme. En même temps, l'effort déployé vise à faire obstacle à l'accroissement de l'influence du Hamas en Cisjordanie, en partant du constat que l'organisation gagne en popularité et qu'elle est susceptible de prendre le contrôle de la Cisjordanie des mains de l'Autorité Palestinienne. Porter atteinte à la « Dawa » serait, dit-on, essentiel pour désorganiser l'activité du Hamas et la réalisation de ses objectifs. Les principes du plan ont été présentés au Premier ministre, au Ministre de la Défense, au chef d'état-major et au chef de la Sûreté générale [Shabak] qui les ont approuvés.

De hauts responsables de l'armée ont déclaré à « Haaretz » que le Hamas avait construit en Cisjordanie, au cours des dernières années, « une structure organisationnelle pouvant, en cas de besoin, constituer la base d'un État. C'est simplement 'un État d'associations'. Ils accumulent un fort soutien populaire et s'appuient sur d'importants flux d'argent venant de l'étranger, pour un montant annuel de centaines de millions de dollars, en provenance d'organismes d'Arabie Saoudite, des pays du Golfe et des communauté musulmanes d'Europe, des États-Unis et d'Amérique du Sud ».

Un des officiers a dit estimer que l'armée israélienne restait le principal obstacle à une prise de contrôle de la Cisjordanie par le Hamas, parce que l'activité de l'armée limite la capacité militaire du Hamas et l'empêche de défier d'une manière plus directe l'Autorité Palestinienne. « Ils ont des connaissances, de l'argent et des gens qualifiés, beaucoup plus que le Fatah. Ils ont gagné les élections dans une grande partie des municipalités et des conseils locaux et ils conquièrent graduellement le pouvoir dans d'autres institutions d'enseignement, de santé, d'assistance sociale et institutions religieuses ».

« Malheureusement », a ajouté l'officier, « nous menons ici un combat d'arrière-garde. Nous parlons de renforcer les éléments modérés, autrement dit l'Autorité Palestinienne, mais en réalité, sur le terrain, le pouvoir de celle-ci est réduit. Le Hamas a pris le contrôle de toutes les institutions. Pas seulement d'institutions typiquement islamiques, mais aussi des institutions qui étaient, auparavant, sous le contrôle de l'Autorité Palestinienne. La population palestinienne préfère le Hamas parce qu'ils sont moins corrompus et plus efficaces. Il y a ici un défi que l'État d'Israël n'a pas relevé. Jusqu'à ce jour, nous n'avons pas déclaré la guerre au Hamas. Cela devrait être une offensive de l'État, pas un travail local de l'armée israélienne et de la Sûreté générale. »

Fin 2007, à l'initiative du commandant Gadi Shamni, une équipe spéciale a été créée au sein du commandement central, avec pour objectif la lutte contre le réseau civil du Hamas. Des représentants de la Sûreté générale, de l'Administration civile et de la police y prennent part également. Dans le cadre de cette étroite collaboration, des équipes ont été constituées à partir de diverses unités et se sont vues adjoindre plusieurs juristes spécialisés dans la lutte contre le transfert d'argent du terrorisme.

Parmi les institutions de Cisjordanie dans lesquelles les forces de sécurité ont alors fait des descentes, il y avait des institutions d'enseignement, de santé, des œuvres caritatives et même des soupes populaires et des orphelinats. Des dizaines d'institutions ont été fermées et leur matériel confisqué. Dans les institutions qui ont été fermées, de nombreux documents ont été saisis.

Contrairement à la situation passée, où des documents se retrouvaient entreposés des années durant parce qu'il n'y avait pas assez de personnel spécialisé pour les trier et les traduire, cette fois-ci une équipe de traducteurs a été mise sur pied avec pour mission de traiter les documents saisis. Après consultation juridique, une partie des documents servent au dépôt d'actes d'accusation contre des membres actifs au sein des institutions. A ce jour, plusieurs dizaines d'actes d'accusation ont été introduits et dans quelques cas, des militants ont été condamnés, parfois même à des peines de prison. De même, la police a ouvert plusieurs enquêtes, sur le soupçon de blanchiment d'argent et de transfert de fonds du terrorisme.

De hauts responsables ont ajouté que « cette offensive était actuellement la chose la plus dérangeante pour le Hamas en Cisjordanie. Mais ce n'est que le début de l'effort entrepris, et il y faut davantage d'activité et davantage de ressources. On ne peut encore comparer l'efficacité des forces de sécurité dans ce domaine avec le niveau d'efficacité développé au sein de l'armée et de la Sûreté générale au cours des dernières années, pour tout ce qui concerne la lutte contre le terrorisme des terroristes-suicides venant de Cisjordanie. »

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

Ne dites pas : nous ne savions pas (n°117)

Amos Gvirtz, 10 juillet 2008

La famille Bsharat vit dans la vallée du Jourdain. Ils gardent des moutons et cultivent des céréales sur des terres qu'ils louent à des Palestiniens qui habitent les villages de Tamoun et Toubas, près de la colonie de Ro'i. Une partie des terres se situent à l'est de la route d'Alon. L'armée a creusé une tranchée tout au long de la route afin d'empêcher le passage de Palestiniens vers l'est. A un certain endroit, l'armée a placé une porte qui est ouverte trois fois pas semaine. Cette porte n'empêche pas de passer à pied. L'armée harcèle les bergers sur les terres situées à l'est.

Mercredi 2 juillet 2008, deux adolescents, Suleiman (15 ans) et Mash'hour (13 ans) faisaient paître le troupeau de leur famille à l'est de la route d'Alon. Des soldats sont arrivés sur place et ont enlevé les deux adolescents pour les conduire dans une base militaire voisine. Les appels adressés à l'armée et à la police recevaient pour réponse que la disparition des adolescents n'était pas connue. A une heure du matin, l'armée a envoyé une escorte pour accompagner le père lancé à la recherche de son fils. Ce n'est qu'au matin que les soldats qui avaient enlevé les adolescents les ont libérés et ceux-ci ont retrouvé leur famille. Vendredi, Mash'hour est retourné faire paître le troupeau et a de nouveau été enlevé. Cette fois, c'est à minuit qu'il a été libéré.

Mercredi 2 juillet 2008, des forces de police sont arrivées dans le village bédouin de Ouadi Al-Na'am et ont démoli trois maisons. Onze personnes se retrouvent sans toit et un jeune couple se voit empêcher de se marier. Les forces ont poursuivi par le village de Twayyel Abou-Jarawal où elles ont démoli toutes les constructions du village pour la 16e fois et ont emporté tout leur contenu.

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

Vous n'auriez pas envie d'établir un État juif en Allemagne ?

Benny Ziffer - blog Haaretz, 8 juillet 2008

Ce n'est pas une mauvaise idée de vouloir donner vie, au cœur de l'Europe, à un pays dont la capitale serait le berceau de la culture allemande, la ville des Lumières et du Romantisme. Les excursions de la jeunesse israélienne vers les camps d'extermination seraient meilleur marché, le camp de Buchenwald étant vraiment tout près de Weimar.

On a trop peu évoqué ici, en Israël, le projet lancé par un Israélien nommé Ronen Eidelman, qui vit en Allemagne et qui a fondé une association afin de promouvoir l'idée de créer un nouvel État juif en Allemagne, en Thuringe, dans l'ancienne Allemagne de l'Est, et qui s'appellerait « État de Weimar ». Cette association dispose d'un site Internet (1) et le très sérieux quotidien « Die Welt » a, dernièrement, traité de ce projet avec tout le sérieux qui convient (2).

Pour ce qui est de la localisation de cet État de Weimar, elle est idéale. La Thuringe est le Land allemand le plus à la traîne, avec une population clairsemée, elle dispose d'espace et n'est pas pauvre en ressources naturelles. Ce qui lui a manqué c'est de l'initiative et on peut supposer que si des Juifs s'y établissaient pour en faire un État, elle prospérerait rapidement.

Le grand avantage de ce futur État de Weimar est qu'il n'y a pas là-bas de problème palestinien et qu'au contraire, ses voisins allemands seront charmants avec lui, même lorsqu'il les énervera, car ils n'oseront pas ouvrir la bouche contre lui, à cause du génocide.

Il y a sur le site de Weimar un clip avec le futur hymne national, chanté en yiddish, en allemand, en hébreu, en russe. Je n'ai pas exactement compris laquelle de ces langues deviendrait la langue officielle. J'ai vu aussi que le mouvement « l'Arc-en-ciel mizrahi» [Hakeshet Hademocratit Hamizrahit] appuyait le projet et en faisait la promotion sur son site.

Personnellement, je trouve que ce n'est pas une mauvaise idée de vouloir donner vie, au cœur de l'Europe, à un pays dont la capitale est le berceau de la culture allemande, Weimar étant la ville de Goethe et Schiller, la ville des Lumières et du Romantisme. Les excursions de la jeunesse israélienne vers les camps d'extermination seraient meilleur marché, le camp de Buchenwald étant vraiment tout près de Weimar.

Le seul problème que j'ai avec tout ça est qu'il n'y a aucune garantie que si le sionisme a échoué une fois à rassembler en un seul lieu tous les Juifs et à constituer pour eux un environnement de vie normal, l'Etat de Weimar n'échoue pas dans cette tâche une deuxième fois. Et peut-être l'écrivain français à moitié juif et homosexuel, Marcel Proust, avait-il tout de même raison quand il écrivait que fonder un État juif était une chose pas moins irréaliste que de créer un État pour les homosexuels. Ou un État pour les bossus ou pour les migraineux.

Un des exemples montrant que les Juifs tirent le meilleur d'eux-mêmes hors du cadre israélien, c'est la libération de l'otage colombienne Bétancourt après de longues années de captivité aux mains de l'organisation clandestine des « Farc ». D'après ce qu'on dit, des conseillers et des instructeurs israéliens ont participé à cette libération. Voyez comment, ici, on ne parvient pas à libérer Gilad Shalit, alors que là-bas, dans un endroit totalement étranger, dans la jungle colombienne, on réussit à aider à la libération d'otages. C'est tout de même bizarre, non ?

Mais pourquoi aller si loin ? Hier matin, je suis entré dans un supermarché « Kadouri », rue Schocken, face au journal, pour y acheter quelques yaourts. La demoiselle à la caisse était d'origine russe. Elle tenait, ouvert sur ses genoux, le livre « Anna Karénine », en hébreu, qu'elle lisait entre deux clients. Nous nous sommes mis à parler traduction. Elle m'a dit que c'était tellement agréable de lire Tolstoï en russe, et une véritable torture en hébreu, mais elle continuait néanmoins afin de perfectionner son hébreu.

Je me suis dit que nous devons vivre dans un cycle incessant d'exil et de rédemption, parce que la première génération de rédemption est toujours la seule à valoir quelque chose et que sitôt que son séjour s'institutionnalise en un lieu, elle s'atrophie, comme ce qui se passe ici pour nous, à une grande échelle. Montrez-moi une caissière israélienne parmi les vétérans qui lise Anna Karénine pendant le travail !

Nous ne pouvons pas, vraiment nous ne pouvons pas, perdre notre touche cosmopolite en devenant uniculturels et unilingues. Et à ma grande désolation, c'est en train de se passer à pas de géant. Nous nous transformons en un peuple pseudo-proche-oriental qui se montre assurément hostile à l'égard des Arabes, les habitants naturels du Proche-Orient, et qui a pris à l'Orient tout ce qui s'y trouvait de mauvais. La corruption du pouvoir, la violence, les intrigues.

Lorsque j'apprends que l'ancien Président de l'État, Moshe Katsav, réclame effrontément une somptueuse Audi et un bureau dans un luxueux immeuble, je me prends immédiatement à rêver du futur Etat de Weimar où les Katsav seront tenus de près, par le fait même que les normes européennes de gouvernance auraient pour effet que quelqu'un comme Katsav ne serait d'emblée pas élu à la présidence d'un État. Tout au plus y serait-il choisi comme concierge pour le bureau du Président. Et encore, peut-être pas.

Tout est là. Nous vivons avec un pied dans les normes déréglées des États du Proche-Orient, et l'autre pied en Occident. D'ici quelques années, l'ancrage occidental sera laissé de côté et le katsavisme ne sera alors plus quelque chose d'exceptionnel mais la norme. Personne ne lira Anna Karénine dans les supermarchés mais tout le monde marmonnera les Psaumes dans les autobus, tout comme dans les pays de l'Islam, on marmonne en tous lieux des versets du Coran.

Face à tous ceux-là, il ne vous est pas venu l'envie de commencer une nouvelle page, dans un pays propret dont la capitale est Weimar ? Ça vaudrait la peine et pas seulement pour balayer toute la saleté accumulée ici et qui colle si bien qu'aucun produit n'y pourrait porter remède. C'est vrai qu'il faut s'attendre à ce que là aussi, après une ou deux générations, les choses tourneront de nouveau mal. Mais c'est apparemment ce que nous faisons le mieux, nous détruire et recommencer à construire à zéro. Alors ne méprisez pas l'idée d'un État de Weimar. Il se pourrait encore que vous imploriez d'en obtenir la citoyenneté et que cela survienne plus vite que vous ne vous l'imaginez.

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)