mardi 18 novembre 2008

Sous le couvert des ordonnances du commandant

Meron Benvenisti - Haaretz, 13 novembre 2008
Version anglaise - Under the cover of a commander's orders

Il y a peu, le commandant du commandement central a publié une ordonnance établissant dans les Territoires occupés une « Seconde Autorité - Judée-Samarie (Ayosh) », calquée sur la Seconde Autorité israélienne pour la Télévision et la Radio. Cette ordonnance a été publiée en réponse à la requête déposée auprès de la Cour Suprême contre la décision d’accorder une licence à une radio des colons, sous prétexte que la Seconde Autorité, instance israélienne, n’a pas autorité dans les Territoires [occupés].

Cet exercice juridique n’éveille pour ainsi dire aucun intérêt dans la mesure où il n’est porteur d’aucune innovation particulière : des centaines d’autres « ordonnances du commandant » ont déjà dupliqué depuis longtemps le système israélien du pouvoir, de la justice et de l’administration, faisant des Territoires des territoires annexés. Uniquement bien sûr lorsqu’il s’agit d’Israéliens et des intérêts de ceux-ci.

Celui qui parcourt cet énorme codex d’ « ordonnances du commandant » qui est, dans cette fiction juridique, souverain dans les Territoires [occupés], ne peut qu’être impressionné par la diligence, la sophistication et la contribution intellectuelle investies en vue d’un seul et unique objectif : conférer une apparence de légalité et de respectabilité à un régime de l’arbitraire et de l’illégalité.

Il n’est pas un aspect qui ne soit traité par ces jeunes officiers débordants d’énergie qui font leur service dans l’appareil juridique de l’armée. Après tout, dans des conditions normales, ils n’auraient pas l’occasion de produire des lois qui influenceront la vie de millions de personnes – sans contrepoids, sans restrictions ni séparation des pouvoirs, comme ils le font en formulant une « ordonnance de général » que même la Cour Suprême hésitera à critiquer.

L’illégalité fondamentale incarnée dans le fait d’opérer un changement essentiel d’un régime existant tout en usant de l’autorité d’un pouvoir militaire qui interdit explicitement un changement essentiel de ce genre, entraîne par exemple la nécessité, parfois grotesque, de tisser une toile serrée de « lois » pour couvrir la nudité du système. On a alors l’impression que cet empressement juridique découle pour partie de ce que le régime, hanté par un manque d’assurance, cherche à se cacher derrière des murs de papier. Il s’occupe d’arguties byzantines dont l’objectif est de rendre casher un régime de dominants et de dominés, sous le camouflage des nécessités de la sécurité, et multiplie les efforts pour brouiller la différence entre l’autorité de la loi, incarnant l’attachement à des normes de justice et d’égalité, et une autorité par la loi qui fait de l’observance des lois, même quand elles sont arbitraires et injustes, une valeur suprême.

Au-delà de l’énorme accumulation d’ordonnances, nécessaires ou superflues, ce codex a une finalité supplémentaire : détourner de l’essentiel l’attention de ses opposants, les entraîner à s’occuper de détails et à se focaliser sur des questions marginales. L’expérience d’années d’occupation montre à quel point cette stratégie de détournement de l’attention a réussi.

La démonstration décisive en est donnée par la lutte menée par les milieux de gauche contre les avant-postes illégaux (ou « non autorisés »). La distinction entre colonies légales et illégales est à la fois dénuée de fondement et trompeuse, dans la mesure où il n’y a pas de colonies légales dans les Territoires [occupés], selon ce même droit international sur lequel s’appuie la prétention du commandant à faire fonction de souverain. Mais les juristes de ce régime sont parvenus à établir la distinction entre des colonies qui bénéficient d’une approbation gouvernementale (en elle-même illégale) et celles qui ont été établies sans cette approbation (mais avec le clin d’œil et l’aide du gouvernement). En l’absence d’une force politique capable d’imposer l’évacuation des colonies, les opposants essaient de faire appel à l’appareil judiciaire – et ils tombent ainsi dans le piège tendu par le régime, qui joue sur le terrain juridique comme chez lui. C’est lui, en effet, qui a dicté les règles du jeu et qui pourra toujours les modifier.

Au fil des années, les meilleurs chercheurs ont investi des efforts énormes dans l’analyse et la publication du catalogue des injustices légales et planifiées. Ils mettent habilement à nu tout l’arbitraire du système juridique et ils ne sentent pas que ce système se réjouit de les voir épuiser leurs forces, sans espoir d’entraîner de changement. Car s’ils devaient gagner dans une bataille juridique (et les chances en sont bien minces), une nouvelle « ordonnance du commandant » serait publiée. Et s’ils parvenaient à mobiliser le public dans la lutte, on les accuserait de propagande anti-israélienne et on s’emploierait à noyer le sujet dans la mer de l’ennui et de l’oubli.

Les chiens aboient et la caravane passe. Les étagères croulent sous les rapports et les études. Chaque génération redécouvre les faits sensationnels concernant les techniques de vol des terres et d’expansion des colonies – et tout continue comme d’habitude. Il faut reconnaître que la mode des « rapports de suivi » s’est tarie et ceux qui combattent le régime de l’occupation se trouvent placés devant la nécessité de choisir entre deux possibilités : appeler au rejet du codex des « ordonnances du commandant » et appeler à la désobéissance civile non violente, ou exiger l’arrêt de la duplication et l’application intégrale de la loi israélienne, y compris ses procédures démocratiques législatives, dans les Territoires occupés.

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

Il y a une logique au siège de Gaza : il renforce le Hamas

Amira Hass - Haaretz, 17 novembre 2008
Version anglaise - Is Israel deliberately strengthening Hamas?

Gaza

Non, nous ne nous laisserons pas entraîner à compter combien de tonnes de farine, de riz et d’huile il y a dans la Bande de Gaza, dix jours après qu’Israël a de nouveau fermé hermétiquement tous les passages vers la Bande. Nous ne ferons pas le décompte des enfants qui attendent un repas consistant dans les écoles de l’UNRWA, ni le décompte des familles chez qui le mouvement du Hamas dépose des boîtes en carton remplies d’aliments de base sur le seuil de la porte (certains jurent que les bénéficiaires ne sont que des amis et des sympathisants du mouvement au pouvoir). Nous ne ferons pas le décompte des personnes dans le besoin qui dépendent des membres de leurs familles pour subsister. Parce que de la nourriture, il y en a et il y en aura dans la Bande de Gaza. Quelqu'un a-t-il réellement pu penser qu’Israël, l’Etat des Juifs, laisserait un million et demi de personnes être rejetées, s’entasser, se presser derrière les clôtures de fil de fer barbelé et les tours de guet qui dominent l’étroite bande, et mourir de faim ?

Nous laisserons pour le moment les histoires d’obscurité : comment les enfants font (ou ne font pas) leurs devoirs à la lumière d’une bougie ou d’une lampe à gaz. Nous remettrons même à plus tard la discussion sur les dangers graves qui menacent l’environnement, les eaux souterraines, la mer, tout à la fois les habitants de Gaza et d’Ashkelon, dangers qui découlent directement du manque programmé de fuel ou de ce qu’Israël n’autorise pas l’entrée de tuyaux qui permettraient d’améliorer le réseau de distribution d’eau et le réseau d’égouts. Nous ne décrirons pas maintenant comment les eaux usées se déversent directement dans la mer parce qu’il n’y a pas d’électricité pour faire fonctionner l’installation d’épuration et nous ne parlerons pas ici de la peur que les égouts ne débordent, en hiver, au cœur de quartiers d’habitation, parce que les pièces de rechange pour les installations d’épuration n’ont pas pu entrer.

Nous ne nous laisserons pas aller à cette comptabilité, à cette réduction de la vie des Palestiniens au niveau d’une existence quasi animale, à un problème humanitaire dont il est aisé de démontrer qu’il en est de pires.

La discussion à propos des Palestiniens et de leurs façons de faire face au blocus, il y a lieu de la convertir en une discussion sur les Israéliens – ceux qui conçoivent cette politique, ceux, nombreux et diligents, qui la mettent en œuvre, ainsi que les nombreux citoyens qui l’appuient et l’encouragent. Au lieu des quantités de fuel et de farine, c’est de la logique du blocus qu’il faut discuter et de la logique de ceux qui imposent ce blocus.

Dans le gouvernement israélien, au Ministère de la Défense et à la Sûreté Générale (Shabak), sont en poste des gens qui savent parfaitement ce qu’ils font lorsqu’ils interdisent le passage aux checkpoints de tout ce qui n’est pas aliment vital ou médicament (1), lorsqu’ils interdisent l’entrée de matériaux bruts et la sortie de produits industriels et agricoles, et qu’ils empêchent les gens de se déplacer normalement : pour aller étudier, pour recevoir des soins médicaux, pour aller travailler ou rendre visite à de la famille. Ne les sous-estimez pas, ni eux ni leurs évaluations. Ils savaient parfaitement, lorsqu’ils ont décidé, il y a plus de deux ans, la fermeture la plus hermétique de la Bande de Gaza depuis le lancement de la politique des bouclages en 1991, que l’industrie s’effondrerait, que l’agriculture dépérirait, que des dizaines de milliers de jeunes gens rejoindraient le cercle des gens sans travail ni espoir, que les écoles auraient toutes les peines du monde à fonctionner et que le niveau des études en pâtirait, que les égouts seraient pleins à ras bord et percoleraient dans l’eau potable et que l’eau n’arriverait plus aux étages supérieurs.

D’une façon semi-officielle, cette politique a été présentée au public israélien comme une juste sanction à l’encontre des Palestiniens pour avoir élu le Hamas (et au diable le droit international). D’une manière officielle ‘pour un quart’, nous savons qu’il y avait l’espoir ou qu’on estimait que la politique du blocus entraînerait de la répugnance à l’égard du Hamas dans la population et la chute de son gouvernement à Gaza (après qu’il eût perdu sa mainmise officielle sur Gaza). C’est bien évidemment l'espoir nourri au sein du gouvernement de Ramallah.

Les gens à Gaza ont énormément de motifs, et justifiés, de se plaindre du gouvernement du Hamas. Il a déjà fait ses preuves – essentiellement à l’égard des membres du Fatah – comme régime de peur et d’oppression. Mais l’adoption de la tactique de sanction vient justement renforcer le Hamas. Au lieu que le mouvement soit jugé sur sa capacité à diriger un gouvernement et, comme tel, à remplir ses obligations en matière de préoccupation du bien-être de la population, le blocus permet d’imputer à l’état d’urgence ainsi créé toutes les manifestations d’immaturité et de manque de professionnalisme.

La population sent que le gouvernement fait partie d’elle. Que comme elle, il est la cible de la cruauté de l’occupant. Le blocus, avec sa dureté, permet au Hamas d’éviter de se confronter à la contradiction existant entre sa plateforme (libération de toute la Palestine) et son intégration – en dépit de ses dénégations – dans des institutions qui ont été créées par l’accord d’Oslo. Si Israël met en péril la vie de bébés prématurés et provoque l’appauvrissement des hommes d’affaires, dont des sympathisants d’Oslo et d’Arafat, le gouvernement du Hamas peut se présenter comme résistant à l’essence même de l’occupation. Les conditions exceptionnelles d’un blocus radical et d’une coupure entre Gaza et la Cisjordanie (cela aussi relève d’une politique israélienne délibérée) ont très fortement éloigné la possibilité d’organiser de nouvelles élections générales palestiniennes. Dans la Bande de Gaza, le Hamas peut ainsi renforcer son pouvoir : par le biais de la contrainte, par les salaires, la charité et le pouvoir de consolation de la religion.

Et peut-être est-ce précisément ce qu’on souhaite, au sein de la Sûreté israélienne, dans l’armée israélienne et au gouvernement ?

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

(1) A la date du 16 novembre, Ma’an News Agency relayait une information selon laquelle15 camions transportant des médicaments avaient été interdits d’entrée dans la Bande de Gaza, ce dimanche, par la police israélienne des frontières. L’article rapportait également les propos du directeur général des services d’urgence et ambulatoires, Mu’awiyya Hassanein, sur le manque de médicaments dans les hôpitaux de Gaza. (ndt)

La Sûreté Générale israélienne viole l’arrêt de la Cour Suprême

et autorise par avance le recours à la torture contre les personnes soumises à interrogatoire

Comité Public contre la Torture en Israël (PCATI), 2 novembre 2008
Version anglaise - PCATI, ACRI, HaMoked filed a contempt of court motion to the High Court of Justice

Le Comité Public contre la Torture en Israël, le Centre pour la Défense de l’Individu (HaMoked) et l’Association pour les Droits du Citoyen ont introduit, ce matin, auprès de la Cour Suprême une requête pour outrage à la cour, contre le gouvernement israélien et celui qui est à sa tête, Ehoud Olmert, contre la Sûreté Générale (Shabak) et celui qui est à sa tête, Youval Diskin, en raison de leur responsabilité dans la politique qui accorde par avance l’autorisation de recourir à la torture, en violation grave d’un arrêt de la Cour Suprême. La requête a été introduite, au nom de ces organisations, par l’avocat Avigdor Feldman, membre du conseil d’administration du Comité Public contre la Torture en Israël. Il est dit dans la requête que, non seulement la Sûreté Générale et le Premier ministre qui la supervise tournent en dérision l’instance juridique suprême d’Israël, mais il s’agit d’un outrage grave, répété, conséquent, systématique, ancré dans des directives et des procédures, qui requiert dès lors d’imposer l’arrêt de la Cour par des moyens d’une exceptionnelle rigueur, en usage dans des cas de ce genre : arrestation des responsables de l’outrage, le Premier ministre Ehoud Olmert et le chef de la Sûreté Générale Youval Diskin, et amende imposée au gouvernement israélien et à la Sûreté Générale.

En septembre 1999, suite à des requêtes introduites par le Comité Public contre la Torture en Israël, le Centre pour la Défense de l’Individu et l’Association pour les Droits du Citoyen, la Cour Suprême avait décrété que ni le gouvernement, ni les dirigeants de la Sûreté Générale n’avaient autorité pour établir des directives, des règles et des permissions de recourir à des moyens physiques au cours des interrogatoires. Pendant plus de neuf ans à partir de l’arrêt de la Cour, connu sous le nom d’ « arrêt sur la torture », se sont accumulés chez les requérants des preuves et des témoignages démontrant que la Sûreté Générale le viole d’une façon systématique.

Diverses sources pointent du doigt le maintien du système des procédures et des permis de torturer les personnes sous interrogatoire par la Sûreté Générale, et ceci à l’encontre de l’arrêt de la Cour, du droit criminel local et du droit international. La requête apporte des preuves de l’octroi d’une autorisation à porter atteinte à une personne interrogée, et cela alors que l’autorisation avait été donnée à l’avance par celui qui avait autorité sur l’interrogateur et même par le chef de la Sûreté Générale lui-même, selon une directive permanente – connue des interrogateurs, des requérants et des juges sous la formule générale de « procédure d’interrogatoire par nécessité ». Ces preuves sont constituées à la fois des témoignages, déposés devant des tribunaux, d’interrogateurs de la Sûreté Générale, témoignages placés en annexes confidentielles à la requête, ainsi que des témoignages de personnes ayant subi des interrogatoires, et des réponses faites publiquement par la Sûreté Générale et le cabinet du Premier ministre. C’est ainsi, par exemple, qu’on peut lire dans la réponse de la Sûreté Générale à une information qui avait été rapportée par le quotidien Haaretz : « L’autorisation de recourir à la force lors des interrogatoires est accordée au moins au niveau du chef d’équipe d’interrogateurs, et vient parfois du chef de service lui-même », et à une autre occasion : « Qu’il soit clair que l’autorisation de recourir à des moyens spéciaux d’interrogatoire ne peut être donnée que par le chef de la Sûreté Générale ».

Dans la requête, il est noté que l’arrêt de la Cour établissait sans la moindre équivoque que les actes de la Sûreté Générale à l’égard d’une large population de suspects et de personnes interrogées durant une longue période, dans le passé, et selon toutes vraisemblances aussi ces neuf dernières années, n’étaient pas légales. Les requérants indiquent que les exécutants de ces actes étaient susceptibles de faire l’objet d’une enquête et de poursuites pénales pour des crimes d’une extrême gravité, en Israël ou hors d’Israël, conformément au droit israélien et par l’effet du droit international.

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)
.
Lire aussi : Alain Gresh, Une histoire palestinienne

Pérès, de quel racisme parlez-vous ?

Zohir Andreus - Ynet (Yediot Aharonot), 10 novembre 2008

Le Président de l’Etat ne s’aperçoit-il pas que, pendant qu’il dit espérer la fin du racisme, la préférence accordée aux Juifs dans tous les domaines est toujours de rigueur en Israël ?

L’élection du premier Président noir de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique a révélé l’hypocrisie des dirigeants israéliens, et à leur tête le Président de l’Etat, Monsieur Shimon Pérès.

Je n’appartiens pas à ces sphères politiques et médiatiques du monde arabe qui souhaitaient la victoire de Barak Obama aux élections à la présidence des Etats-Unis et je crois d’une foi pleine et entière que le Président élu ne changera pas d’un iota la politique de la première puissance du monde dans ce qui touche au conflit israélo-palestinien. Peut-être y aura-t-il ici ou là des changements cosmétiques, mais la position traditionnelle américaine se maintiendra.

Cependant Pérès a, selon sa bonne habitude, rédigé un joyeux communiqué de presse en réaction à l’élection d’Obama : « Pour moi, en tant qu’être humain, le fait qu’un Président noir soit élu met, en partie, fin au racisme dans le monde ». Il y a quinze jours, Moustapha Barghouti, leader de l’Initiative Nationale, avait déclaré, dans une interview, que Pérès était le politicien israélien le plus dangereux qu’eût connu l’Etat des Juifs depuis sa fondation.

La question qui vient en écho est : de quel racisme Pérès parle-t-il ? Cela vaut la peine de débattre de la question avec le Président de l’Etat des Juifs.

Avant toute chose, Monsieur le Président, Israël est un Etat raciste à l’égard de la minorité arabe palestinienne qui y vit, qui y est née, qui n’est pas un visiteur sur sa terre natale ni, bien sûr, un hôte de passage, mais le véritable propriétaire de cette terre. Comment, Monsieur Pérès, combat-on le racisme quand la haine portée aux Arabes est devenue un sport national parmi les Israéliens, un sport professionnel qui cache les échecs permanents des sportifs dans leurs tentatives de gagner des médailles dans les compétitions internationales, comme les jeux olympiques ? Un exemple extrême de cette attitude discriminatoire a été donné, pas plus tard qu’hier, lorsqu’un juge de district a condamné à une année de prison seulement un garde-frontière qui a tué un jeune Palestinien.

Le jour même où Obama faisait l’Histoire, le gouvernement d’Israël lançait une procédure d’expulsion de mille citoyens arabes, bédouins, de leur village non reconnu d’Oum Outayr, dans le Néguev. C’est la troisième fois dans leur histoire que les autorités d’Israël, la seule démocratie du Proche-Orient, opèrent leur transfert.

Monsieur le Président, vous avez été Ministre au Développement du Néguev et de la Galilée – formule qui sert de couverture à la judaïsation de ces régions. Serait-ce le résultat des programmes historiques élaborés par votre cabinet pour le bien des habitants arabes ? Longue vie au racisme. Ce ne sont pas les habitants du village qui sont arrivés en Israël : ils sont nés ici. C’est Israël qui est venu à eux.

Nous ne souhaitons pas être premiers ministres d’Israël – la chose est impossible. Israël n’est pas l’Amérique. En ce qui nous concerne, le fait même qu’en Israël, les universités accueillent un certain nombre d’étudiants arabes en médecine par droit et non par grâce, constitue un exploit historique face au règne du racisme sur à peu près tout ‘bon morceau’ de l’Etat. Incidemment, il est intéressant de savoir ce qui se cache derrière la décision de l’Université de Tel Aviv d’établir une limite d’âge à l’accès en médecine et de la fixer à 20 ans ? Ne peut-on y flairer du racisme à l’égard des Arabes qui ne font pas de service dans l’armée israélienne ?

De même lorsque le chef de la Sûreté Générale (Shabak), Youval Diskin, promet de poursuivre tout Arabe qui oserait refuser la définition de l’Etat comme juif et démocratique, définition que nous n’acceptons pas.

Comme vous le savez, Monsieur Pérès, vous nous imposez l’étude de la Bible et du Traité des Pères dans les écoles d’enseignement secondaire et nous interdisez d’étudier l’histoire de notre peuple arabe palestinien. Vous nous accusez de séparatisme et d’extrémisme chaque fois que nous revendiquons une autonomie culturelle. On nous a appris que dans la Bible apparaît la phrase « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Comment mettez-vous ce principe en application, Monsieur Pérès, dans l’Etat que vous avez fondé en 1948 ?

Monsieur le Président, en tant qu’intellectuel, peut-être m’expliquerez-vous le lien qu’il y a entre un travail dans une boutique de vêtements et la sécurité de l’Etat ? Je suis tombé sur des offres d’emplois pour des magasins de vêtements : « Cherche employée ayant terminé son service militaire ». Il n’est pas nécessaire de s’étendre longuement sur le contrôle de la sécurité à l’aéroport : une sélection y est opérée entre Juifs et Arabes, en dépit du fait que cette terminologie a des connotations particulièrement négatives quand on songe aux Juifs qui ont subi le génocide. La société d’électricité qui emploie environ 14 000 employés dont à peine cinq ne sont pas juifs, a publié dans la presse des offres d’emploi pour téléphonistes (hommes et femmes) ayant achevé le service militaire. Pourquoi ? Peut-être la question est-elle rhétorique.

Mais cette fois, pour changer, je souhaiterais, très respectueusement, aborder un point cardinal ne concernant pas directement les Arabes : comment parviendrai-je à m’expliquer, à moi-même ainsi qu’aux autres, que depuis la création de l’Etat hébreu il y a 60 ans, aucun Juif d’origine orientale n’a réussi à atteindre la fonction la plus importante, celle de Premier ministre d’Israël ? Pourquoi les chefs des gouvernements successifs étaient-ils d’origine européenne ? Quid des Juifs orientaux dont votre poète national, Nahman Bialik, a dit qu’il les haïssait du fait de leur ressemblance avec les Arabes ?

Est-ce un hasard si les candidats au poste de Premier ministre, Tzipi Livni, Benjamin Netanyahou et Ehoud Barak, appartiennent tous les trois à l’élite ashkénaze ?

* Zohir Andreus dirige le journal arabe israélien ‘Ma-Alhadath’

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

lundi 3 novembre 2008

Comme on tuerait un chat

Gideon Lévy - Haaretz, 24 octobre 2008
Version anglaise - Young faces of death

Quelques centaines de mètres à peine et moins de vingt-quatre heures séparent la mort d’Abdel Kader Badaoui de celle de Mohamed Ramhi. L’armée israélienne affirme que les deux jeunes gens tentaient de lancer des cocktails Molotov, mais à la distance où ils étaient des soldats, ils ne mettaient personne en danger. Cette distance n’est par contre pas un obstacle pour les tireurs d’élite qui les ont atteints exactement au cœur.

Si, un jour prochain, vous deviez vous retrouver dans le camp de réfugiés de Jalazoun et demander la maison du shahid, les passants vous demanderaient de quel shahid vous voulez parler : du premier ou du second ? La semaine dernière, Jalazoun a enterré deux de ses fils en moins de vingt-quatre heures : Abdel Kader Badaoui, 17 ans, et Mohamed Ramhi, 21 ans. Badaoui, dont les circonstances de la mort restent enveloppées de brume, était un élève de 12e année ; Ramhi était le fils de Jamal Ramhi, dont la mère, Esther Yaakov Shahrour, était juive, et dont la tante habite à Haïfa. Les deux jeunes gens ont été abattus d’une distance de plusieurs centaines de mètres, à quelques heures d’intervalle. Tous deux ont été abattus de très loin par les soldats, les balles des tireurs d’élite visant, dans les deux cas, droit au cœur.

Plusieurs centaines de mètres séparaient les deux jeunes gens des soldats. Il y avait entre eux la vallée des oliviers où nous nous sommes rendus cette semaine. A cette distance, ils n’avaient aucune chance de mettre en danger la vie des soldats ni celle des colons qui se tenaient près de la clôture de la colonie voisine, Beit El. Dans les deux cas, même si est vraie l’affirmation de l’armée israélienne selon laquelle les deux jeunes gens lançaient des cocktails Molotov, il était possible et il aurait fallu user d’autres moyens contre eux. Gaz lacrymogène ? Tir en l’air ? Tir dans les jambes ? Avec quoi venez-vous. Non, simplement un tir à balle réelle et meurtrier, parfaitement pointé, une seule balle dans le cœur de chacun de ces jeunes gens, le but étant de tuer, tuer et tuer, exécutions sans jugement ni raison suffisante.

La première fois, il s’agissait de soldats du bataillon « Lion » et la seconde fois de la brigade « Lionceau », selon ce qui a été communiqué, et dans les deux cas, des soldats de l’armée israélienne, tous des lions, ont une fois encore tué de jeunes Palestiniens. Pour rien.

« Vous savez comment le soldat tue ? Pardonnez-moi de vous le dire. Le soldat croise les jambes, fume une cigarette, boit du café, et tue mon fils, comme on tue un chat. Je suis son père et j’ai le cœur brûlé », se lamentait cette semaine ce fils d’une Juive, Jamal Rahmi, ce père en deuil, qui porte sur sa poitrine la photo de son fils mort.

Mohamed Ramhi, petit-fils d’une Juive, faisait des jobs occasionnels. Son père travaille comme chauffeur à l’UNRWA et dans leur maison située à la limite de ce petit et triste camp de réfugiés, vivent dix personnes. Le cousin de Mohamed, qui portait le même nom, a été tué ici, à la fin des années 90. Il avait alors 17 ans.

Mercredi, la semaine passée, Mohamed était rentré d’une journée de travail dans un dépôt de vêtements à Jifnah, tout proche, et il s’était assis pour prendre son déjeuner. Son père dormait. Celui-ci dit que son fils aimait le riz. Puis Mohamed avait quitté la maison. Les funérailles de Badaoui, tué la veille, il les avait manquées, mais il est sorti en prenant la direction du complexe scolaire du camp – les deux écoles pimpantes de l’UNRWA, pour les garçons et pour les filles, situées l’une vis-à-vis de l’autre, sur la rue principale, à l’entrée du camp – en face des maisons de la colonie de Beit El, couvertes de tuiles. Les élèves des écoles manifestaient justement pour protester contre l’assassinat de leur camarade. Ils mettaient le feu à des pneus et tentaient de lancer des pierres, peut-être même des cocktails Molotov, à l’aide de catapultes improvisées (dont on peut douter qu’elles permettent de leur faire franchir la vallée), évidemment sans atteindre les soldats dans la tour et la jeep blindées qui se trouvaient de l’autre côté de la vallée des oliviers.

Mohamed était le plus âgé des manifestants, il était entouré de dizaines d’enfants de l’école fondamentale. Son jeune frère de 17 ans, Souhaib, qui était avec lui, raconte que Mohamed lui a ordonné de quitter les lieux avec leurs petits cousins, de peur qu’il ne leur arrive malheur. Souhaib dit avoir tout à coup entendu deux coups de feu : la première balle a touché un mur et la seconde a pénétré directement, par derrière, dans le cœur de son frère. L’instant d’avant, il avait vu son frère lever les mains au ciel tout en lançant des paroles religieuses.

Une voiture qui passait là a emmené Mohamed agonisant à l’hôpital gouvernemental de Ramallah. Sept heures plus tard, il mourait en salle d’opération. Sur les téléphones portables des membres de la famille se trouve déjà, comme toujours dans ces cas-là, une série de photos du défunt : le trou dans la poitrine de Mohamed, Mohamed enveloppé d’un linceul, son visage, pâle et serein.

Jamal, le père : « Ma mère est juive, j’ai travaillé chez des Juifs, j’aime des Juifs et des Arabes, et je voudrais dire, que le monde entende : jamais je n’ai entendu parler de quelqu'un dans le camp qui aurait tiré sur les soldats ou les colons. Les jeunes enfants sont grimpés en haut, ils n’ont pas approché des soldats. Ils ont crié, c’est normal, et ils ont mis le feu à des pneus – et ça aussi, c’est habituel. La veille quelqu'un de chez nous était tombé. Le sang de nos enfants s’embrase chaque fois que quelqu'un est tué chez nous. Alors ils ont manifesté. Mais pourquoi encore du sang ? Ce soldat, qui a vu l’enfant prendre une pierre ou une bouteille, il a levé son M16 et tiré sur lui. C’est désolant ou ça n’est pas désolant ? Mon fils a fait quelque chose d’à ce point dangereux ? Qu’a fait, mon fils ? Il n’a pas brandi une arme, pas brandi un couteau. Juste parce qu’il a levé les mains et lancé ‘Allahou akbar’ ? Tous les jours, on nous tue quelqu'un.

« Voyez, celui-ci c’est mon plus jeune fils et celui-là c’est le fils de ma fille, ce sont de petits enfants. Ils vont à l’école et moi j’ai peur pour eux. Dites-moi, ces enfants-là représentent un danger pour les soldats ? Maintenant, ils ont peur d’aller à l’école et d’être tué comme Mohamed.

« Quand j’ai appris que Mohamed était blessé, je me suis presque mis dans les oreilles le pain que je mangeais. Je suis devenu fou, j’étais foutu. Quand je suis arrivé à l’hôpital, je savais que c’était fini. Les médecins ont dit que ça irait, mais un père sait. Je l’ai vu et j’ai su que c’était fini pour lui. Je ne suis toujours pas réveillé. Je ne le crois pas encore. Je n’ai rien fait, mon fils n’a rien fait, et Dieu seul sait ce qu’il y a dans le cœur du soldat qui l’a tué.

« J’ai travaillé à Beit El. J’ai travaillé dans un restaurant, chez Ezra, de la colonie d’Ofra, qui m’aimait comme son fils. Sa fille Hamoutal et son fils Aron, tous me connaissent à Beit El. On connaît Jamal dont la mère est juive. J’apportais à manger aux soldats, dans le restaurant. Parfois, ils oubliaient leur arme et je la leur apportais. Je leur gardais leur arme. Je leur faisais des falafels et des salades. Ils aimaient ce que je préparais à manger, les soldats. Comment s’appelle le big boss, chez vous ? Olmert. Le mot que je lui dis d’ici, de Jalazoun, moi qui suis de mère juive : suffit ! Ça suffit. Voilà ce que je lui dis. »

Un court trajet parmi les ruelles du camp et voilà la seconde maison endeuillée, avec pareillement, un groupe d’hommes au regard triste, dans la chambre de deuil dont les murs portent des photos de celui qui a été tué ; sur la façade de la maison, de grandes affiches sont étendues, maintenues dans le bas par des bouteilles d’eau de format familial. Et aussi ces questions, lancinantes : ces enfants mettaient-ils la vie des soldats en danger ? Impossible de faire autrement ? Pourquoi ?

Ceux qui portent le deuil ici paraissent avoir le visage plus grave et le père endeuillé est moins emporté que Jamal Ramhi, dans l’autre maison endeuillée. Mais les photos sur les téléphones portables se ressemblent : autre cadavre enveloppé d’un linceul, de nouveau cet horrible trou dans la poitrine et le jeune visage de la mort, encore plus jeune ici.

Chauffeur de taxi, Mohamed Badaoui était justement en visite à Alep, en Syrie, au moment où son fils, Abdel Kader, étudiant de 17 ans, a été tué. Et tué, lui aussi, face aux maisons de la colonie de Beit El, de l’autre côté de la vallée des oliviers, ceinte d’une clôture, gardée, protégée, surveillée. C’était le 14 de ce mois, mardi dernier, à une heure peu avancée de la soirée. Abdel Kader circulait non loin de l’école. On ne sait pas clairement combien d’amis étaient avec lui, peut-être deux, peut-être trois, nul ne sait, et au fond rien n’est clair.

Le père dit avoir entendu rapporter que son fils avait allumé une cigarette dans l’obscurité et que sitôt après il était atteint au cœur d’une balle mortelle. Avant que l’oncle, alerté, n’arrive sur place, il y avait déjà des forces militaires et de police ainsi qu’une ambulance. L’oncle a dit aux soldats qu’il était le père, mais les soldats ne l’ont pas laissé approcher. Deux heures plus tard, on leur confiait le corps d’Abdel Kader. Le lendemain, le père rentrait de Syrie. Ils expliquent qu’Abdel Kader voulait devenir électricien auto. Ils l’ont enterré à trois heures de l’après-midi, une heure et demie, environ, avant que ne tombe dans le camp le shahid suivant.

« Ces derniers mois ont vu une augmentation du nombre de jets de cocktails Molotov dans le secteur de Benjamin », a communiqué le porte-parole de l’armée israélienne, « et pour la seule semaine écoulée, trois cas ont été enregistrés – dont deux dans la région de Jalazoun – dans lesquels des soldats de l’armée israélienne ont atteint les terroristes qui tenaient en mains des cocktails Molotov allumés, et cela avant qu’ils ne les lancent. Le porte-parole de l’armée israélienne tient à préciser qu’un cocktail Molotov constitue, à tous égards, une arme capable de mettre la vie en danger.

« Dans les deux cas envisagés par l’article, des terroristes ont été repérés par les forces de l’armée israélienne alors qu’ils tenaient en mains des cocktails Molotov allumés, prêts à être lancés en direction de la position de l’armée israélienne et vers les maisons de la localité de Beit El, et représentant dès lors un danger pour la vie des soldats et des habitants de la localité. Ouvrir le feu était dès lors impératif afin de couper court à un danger mortel. L’armée israélienne ne restera pas à l’écart devant une menace pesant sur la vie des soldats et des habitants de la région et elle continuera d’agir afin d’offrir la sécurité aux habitants de Judée et de Samarie ».

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

L’armée israélienne prend possession de la maison de la famille Zo’ool dans la région de Bethléem

Ahmad Jaradat - Alternative Information Center (AIC), 28 octobre 2008

La prise de contrôle de maisons palestiniennes par l’armée israélienne constitue l’une des plus graves violations des droits de l’homme opérées par Israël dans les Territoires palestiniens occupés, en ce qu’elles portent notamment atteinte aux droits, internationalement protégés, à une vie privée, une vie de famille, à la propriété privée et à des procédures légales. Israël a fait un large usage de cette politique de prise de contrôle de maisons durant la seconde Intifada.

En général, les soldats israéliens annoncent simplement aux familles palestiniennes qu’elles doivent évacuer leurs maisons parce que l’armée en a besoin à des « fins militaires ». Des dizaines de familles ont été confrontées à une telle sanction collective, en particulier à Hébron où certaines maisons sont occupées depuis des années déjà par des soldats israéliens. Mises dans pareille situation, les familles palestiniennes se retrouvent à la rue, obligées de choisir entre louer une autre maison et aller s’établir chez des proches.

Le cas le plus récent, dans lequel l’armée israélienne a pris le contrôle de la maison de la famille Zo’ool, dans le village de Husan, à l’ouest de Bethléem, illustre parfaitement cette politique. Bassam Ibrahim Zo’ool a rapporté à l’AIC (Alternative Information Center) : « La semaine passée, les soldats ont commencé à venir chez moi, ma maison étant située près de la route principale, dans le village de Husan. Les soldats sont venus plusieurs fois le même jour et parfois même la nuit. Ils ont pris des photos de ma maison, sous tous les angles. Vendredi dernier, le 24 octobre, à cinq heures du soir, des soldats sont venus chez moi, ils sont entrés et ont pris plein de photos de l’intérieur de la maison. Quand je leur ai demandé ce qu’ils faisaient, un officier m’a répondu : ‘La ferme, c’est le boulot de l’armée ; tu n’as pas le droit de parler’. Ils sont partis une demi-heure plus tard. »

« Ils sont venus une deuxième fois à trois heures du matin. Nous dormions et avons été réveillés par les coups frappés à la porte. J’ai ouvert et plus de dix soldats sont entrés. Ils nous ont donné cinq minutes pour rassembler tout le monde dans la cuisine. Quelques soldats nous gardaient pendant que d’autres vérifiaient qu’il n’y avait personne d’autre dans la maison. Ils ont emmené notre fils de 20 ans, Ahmad, dans une pièce éloignée de la cuisine et quand nous l’avons entendu crier, nous avons poussé les soldats et avons couru jusqu’à l’autre pièce où nous avons vu des soldats occupés à le frapper. Nous avons crié aux soldats d’arrêter, après quoi l’officier nous a donné l’ordre de quitter notre maison. »

« Nous sommes allés chez mon frère qui habite à proximité. Les soldats ont utilisé notre maison comme un centre militaire. Ils ont hissé le drapeau israélien sur le toit et placé des sacs de sable devant les fenêtres. Les soldats ont alors déclaré que notre maison et toute la rue était zone militaire fermée. Personne n’était autorisé à marcher dans la rue et plusieurs personnes ont été frappées par les soldats, ces derniers jours. »

« Nous avons contacté de nombreuses organisations de droits de l’homme ainsi que des militants et des organisations israéliennes qui avaient l’habitude de venir dans notre secteur. Durant les visites de ces groupes et de ces militants, les soldats israéliens se comportaient (correctement), mais quand il n’y avait pas de militants présents, ils étaient agressifs à l’égard des habitants de Husan. Finalement, le soir du dimanche 26 octobre, ils sont partis de chez moi. »

(Traduction de l’anglais : Michel Ghys)

Un monument au temps et aux espoirs perdus

Meron Benvenisti - Haaretz, 30 octobre 2008
Version anglaise - A monument to a lost time and lost hopes

Shimon Pérès a fait cela avec style, comme à son habitude. Les festivités organisées à l’occasion du dixième anniversaire du Centre Pérès pour la Paix ont été un événement étincelant, riche de la présence de nombreuses célébrités internationales et d’artistes renommés, et où l’on n’a pas manqué le poème écrit par l’invité d’honneur et qui débute par ces mots (librement traduits à partir de la source anglaise) : « Oh Seigneur, c’est le moment de prier ». Le temps fort des festivités aura été l’inauguration du Centre Pérès à Jaffa – magnifique bâtiment fait d’énormes blocs verts et qui a coûté 15 millions de dollars, soit trois fois plus qu’initialement prévu. Le bâtiment est dépourvu de fenêtres, tout entier sous conditionnement d’air et sourd à son environnement où vit une population arabe pauvre en ressources ; sa façade est tournée vers la mer, comme si ses fondateurs avaient voulu donner à entendre que l’espoir de paix était en Occident, par delà la mer, et non pas en Orient, où résident les voisins-ennemis.

La magnificence et la gloire ne peuvent malheureusement pas gommer la sensation d’une occasion manquée : on se souvient des événements qui ont entouré la fondation du Centre Pérès pour la Paix en octobre 1997 comme d’une intense manifestation de la culture politique favorable à la paix, toute pénétrée de l’assurance en la possibilité de sa réalisation, et opposée à l’approche de Benjamin Netanyahou qui avait battu Pérès et faisait tout pour torpiller les accords d’Oslo. Les festivités d’aujourd’hui ne peuvent cacher le fait qu’il ne reste du camp de la paix que de maigres vestiges : l’industrie de la paix ne tourne plus que par la force de l’inertie et ceux qui y travaillent doivent s’inventer des prétextes à leur activité, créant le sentiment qu’ils ont fait de la valeur de la paix un outil pour arriver à leurs propres fins.

Ce n’est qu’avec la perspective du temps écoulé que se révèle le tort fatal occasionné par le processus d’Oslo grâce auquel Pérès a fondé le Centre : les accords, au lieu d’entraîner un changement dans le statu quo, sont devenus le pilier d’un régime binational de fait (appelé « occupation ») qui s’est établi comme régime permanent. Les accords d’Oslo sont l’infrastructure juridique du partage de la Cisjordanie en cantons permettant un contrôle israélien direct sur 60% du territoire (la zone C), en même temps qu’ils constituent l’infrastructure légale de l’existence d’une Autorité Palestinienne virtuelle dont la profusion de titres des dirigeants et les uniformes des soldats permettent de continuer à se perdre dans l’illusion que le régime du contrôle israélien est une chose temporaire et par là même, de le pérenniser.

On ne voit pas que, dans l’activité du Centre Pérès pour la Paix, des efforts soient réalisés en vue de modifier le statu quo politique et socio-économique dans les territoires occupés, tout au contraire : on multiplie les efforts pour domestiquer la population palestinienne, la porter à s’accoutumer à son infériorité et la préparer à survivre aux restrictions arbitraires imposées par Israël pour assurer la préséance ethnique des Juifs. C’est avec un paternalisme colonialiste que l’on présente un cultivateur qui s’occupe de culture d’oliviers et qui découvre les avantages d’une commercialisation en commun, une pédiatre qui bénéficie d’une formation professionnelle dans des hôpitaux israéliens et un importateur palestinien qui apprend les secrets de l’expédition des marchandises dans les ports d’Israël, célèbres pour leur efficacité, et bien sûr des compétitions de football ainsi que des orchestres communs, composés d’Israéliens et de Palestiniens, peignant ainsi une image trompeuse de la coexistence.

Il serait inconcevable que des militants du Centre pour la Paix et ses directeurs prennent part à la lutte quotidienne des cueilleurs d’olives palestiniens, aux efforts désespérants pour faire passer aux barrages des malades dans un état critique ou pour rompre le blocus économique et maritime imposé à Gaza. Le Centre Pérès pour la Paix ne publie pas de rapports sur la situation économique catastrophique des Palestiniens, ni ne s’indigne de la responsabilité d’Israël dans cette situation ; après tout, il ne s’agit pas d’un cercle d’anarchistes pétris de haine pour Israël mais de gens honorables dont la contribution à la paix se résume, pour la plupart d’entre eux, à financer généreusement des événements clinquants et à y prendre part.

On a toujours estimé que la contribution essentielle, peut-être même révolutionnaire, d’Oslo ne résidait pas dans les articles de « l’accord de principes », mais dans la reconnaissance mutuelle, entre le mouvement national palestinien et l’Etat d’Israël. Mais, aux yeux des Israéliens, cette reconnaissance mutuelle qui a fait passer les Palestiniens du statut d’entité terroriste à celui d’entité légitime, a été balayée à la suite des attentats-suicides et des violences de l’Intifada Al-Aqsa, avec un retour à la conception d’avant Oslo.

Aujourd’hui, les Juifs donnent aux Arabes un acte de divorce, ils leur tournent le dos, les emprisonnent derrière des murs aveugles et des checkpoints, se replient délibérément sur eux-mêmes et prient pour que la Mer Méditerranée s’assèche ou qu’un pont se construise qui les unisse directement à l’Europe.

Cette mentalité a produit, au fil de la dernière décennie, deux constructions monumentales dont la portée symbolique dépasse la valeur fonctionnelle : le mur de séparation et le terminal de l’aéroport Ben Gourion ; le premier est destiné à cacher les Palestiniens et à les gommer de la conscience et le second fait office de panneau d’évacuation, de seuil de délivrance et de base à un pont aérien vers l’Occident. Un troisième monument construit pendant cette décennie, le bâtiment du Centre Pérès pour la Paix à Jaffa, s’ajoute aux deux autres tel un monument à la mémoire du temps et des espoirs perdus ; et il ne reste plus qu’à s’associer à la prière de Pérès : « Envoie alors un rayon d’espoir d’une voie nouvelle ».

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

La tendance anti-israélienne se renforce en Allemagne

Roni Sofer - Ynet (Yediot Aharonot), 28 octobre 2008
Version anglaise - Foreign Ministry fears anti-Israel mood in Germany growing

La Chancelière allemande est certes considérée comme étant, dans le monde, une des dirigeantes pro-israéliennes les plus manifestes. Pourtant les émissaires chargés de la propagande [‘hasbara’] du Ministère des Affaires étrangères s’arrachent les cheveux : « En Allemagne, se propage l’idée selon laquelle Israël représente – avec l’Iran – un grand danger pour la paix dans le monde ».

L’inquiétude augmente ces derniers temps, au Ministère des Affaires étrangères, devant le renforcement de la tendance anti-israélienne en Allemagne. Bien que la Chancelière, Angela Merkel, soit considérée comme étant, au sein de l’Union Européenne et dans le monde, une des dirigeantes pro-israéliennes les plus manifestes, il semblerait que l’opinion publique de son pays soit totalement différente de l’idée qu’on en a en Israël.

Un haut responsable politique a dit à Ynet que, bien que l’Allemagne officielle demeure pro-israélienne, l’ambiance au sein du public influe sur l’attitude du gouvernement Merkel, en particulier dans ce qui touche au programme nucléaire iranien. L’inquiétude est grande, à Jérusalem, que la progression de l’anti-israélisme dans la société, l’économie et les médias allemands n’influe en fin de compte négativement sur la politique du gouvernement allemand sur cette question.

« En Allemagne, se propage l’idée selon laquelle Israël représente – avec l’Iran – un grand danger pour la paix dans le monde. Les touristes allemands ne visitent guère Israël et le nombre de touristes venus de la Pologne voisine dépasse celui des touristes venant d’Allemagne », déclarent des responsables à Jérusalem.

« Les Allemands sont pétris de préjugés à propos d’Israël. Nos émissaires chargés de la propagande s’arrachent les cheveux de désespoir lorsqu’ils rencontrent, en Allemagne, aussi bien des jeunes gens et des adultes. Combien de fois n’entend-on pas des déclarations du genre ‘ce n’est pas votre terre’, ‘dommage qu’on ait créé un état juif sur une terre volée’, ‘Israël fait subir aux Palestiniens ce que les nazis ont fait aux Juifs’ ou ‘nous avons, dans la même mesure, une responsabilité à l’égard des Juifs et des Palestiniens’. »

Un télégramme envoyé récemment par l’attachée à la propagande [‘hasbara’] à Berlin, Anat Dadon-Sultan, faisait état, entre autres choses, d’une rencontre qui avait eu lieu avec le « forum de la jeunesse pour l’amitié israélo-allemande » et où des jeunes gens avaient exprimé des réserves à propos de l’isolement de l’Iran dans le monde, et cela en dépit des intentions de ce pays de se doter de l’arme nucléaire. Au sujet de ce télégramme, les responsables ont dit que « Si déjà l’étincelle a pris parmi les cèdres, nous savons bien ce que diront les modestes hysopes d’Allemagne » [si déjà les puissants ont cédé, que peut-on attendre des autres ?].

Où sont passées les promesses ?

Les changements qui se sont opérés dans l’état d’esprit qui règne au sein de la population allemande sont connus des émissaires israéliens depuis un certain temps et, dans les discussions qui ont lieu au Ministère des Affaires étrangères, l’inquiétude s’est amplifiée quant au développement de tendances semblables dans d’autres pays européens. Les opérations israéliennes de propagande ne modifient pas significativement le tableau, pas plus que les gestes de Merkel, emmenant en Israël huit ministres de son gouvernement, dans le cadre des festivités organisées pour les 60 ans d’Israël en mars dernier, n’ont apporté un changement.

« Ce qui est scandaleux, c’est que, des trois grands pays européens (Allemagne, France, Grande Bretagne – note de R. Sofer), ce soit justement l’Allemagne, avec sa charge historique et morale exceptionnelle, qui constitue le maillon faible sur la question d’un durcissement des sanctions à l’encontre de l’Iran », ont dit ces responsables qui ont souligné que des sociétés allemandes commerçaient avec l’Iran pour un montant énorme de quelque 5 milliards d’euros.

« L’Allemagne préfère le dialogue et la persuasion, même quand l’Iran parle de détruire l’Etat juif et se fabrique une bombe nucléaire. Beaucoup d’Allemands préfèrent voir les assauts pernicieux et antisémites lancés par l’Iran du haut de la tribune des Nations Unies et d’autres tribunes, non pas avec les lunettes de l’antisémitisme mais avec les lunettes de l’hostilité à l’égard d’Israël. Où est la concrétisation de la promesse faite il y a 60 ans par l’Allemagne de combattre toute forme d’antisémitisme ?

« Certes, les grands partis politiques allemands se sont engagés, dans leur plateforme, à garantir la sécurité d’Israël, mais lorsqu’un Etat membre des Nations Unies en appelle, du haut de la tribune de l’Assemblée générale, à la destruction d’Israël, cela ne fait pas sortir l’Allemagne de ses gonds. Il n’y a pas eu de manifestations de masse, ni de véritable émoi dans les médias allemands et pas un seul centre culturel iranien n’a été fermé », ont encore noté nos sources.

« L’Allemagne devient de plus en plus ‘européenne’ dans ses relations avec Israël. Le parapluie européen est d’un grand confort pour la conscience allemande, car le dialogue germano-israélien tourne parfois au dialogue triangulaire : germano-israélo-palestinien. Se soucier des Palestiniens devient la meilleure ‘poudre à lessiver’ de la conscience allemande. Parce que si les Israéliens sont à ce point mauvais, peut-être que nous, qui sommes les descendants de cette génération allemande, nous pouvons nous regarder dans le miroir plus commodément et ne plus avoir honte ? »

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)