Avirama Golan - Haaretz, 27 août 2014
Celui qui cherchait
encore une confirmation de la
complète faillite du gouvernement, la trouvera dans
l'abandon – tant au niveau de la sécurité que sur le plan
socio-économique – des citoyens des localités proches de la Bande
de Gaza et dans le double standard qui caractérise le rapport à
eux.
L'abandon des habitants
du Sud n'a pas commencé avec cette guerre ni avec ce gouvernement.
Le souvenir est encore brûlant des images honteuses de ces enfants
de Sderot poussés dans un bus devant les emmener dans un camp de
vacances organisé pour eux par Arkadi Gaidamek, alors que les
ministères de l’Éducation, des Finances et celui des Affaires
sociales délibéraient encore pour savoir s'il convenait ou non
d'évacuer les enfants de chez eux – et finalement pour ne rien
décider du tout. Pourtant, le gouvernement actuel a battu les
records de ses prédécesseurs par la manière dont il a mêlé à
l'absence de considération pour la détresse du Sud, l'utilisation
de cette détresse à des fins de propagande. Voyez par exemple les
propos embarrassants tenus par le Premier Ministre Benjamin
Netanyahou à l'adresse des enfants de Sderot lors de sa visite
là-bas, la semaine dernière. Par leur ténacité, leur a-t-il
déclaré, ils disent au Hamas : « Vous ne nous ferez pas
partir d'ici ».
Deux jours plus tard, les
commentateurs de la télévision obéissaient à l'esprit du
commandant et, avec une hypocrisie choquante, sermonnaient les
familles qui abandonnaient kibboutz et moshav dans la zone bordant
Gaza, tandis que les éditorialistes de la droite colon accusaient
ceux qui partaient d'offrir la victoire au Hamas. Tous autant de
héros formidables sur le dos
d'enfants nés dans les incessantes alertes rouges, les tirs
de mortiers sans alertes, eux,
et les tunnels du terrorisme. Des enfants qui ne peuvent se figurer
un monde sans guerre permanente et pour qui la peur
existentielle est pain
quotidien. Il n'y a pas de comparaison possible entre cette situation
inhumaine et ce qui se passe dans le Centre du pays avec les alertes
et les interceptions de roquettes.
Mais même la mort du
petit Daniel Tragerman – dont les parents étaient retournés dans
le kibboutz parce qu'on leur avait dit qu'ils le pouvaient – n'a
rien changé. C'est avec des contorsions et des hésitations que les
ministres ont commencé à parler de l'opération « Pension de
familles » (ce gouvernement est très fort pour donner un nom
aux opérations), l'idée étant d'organiser le transfert de familles
de localités frontalières dans des auberges de jeunesse. Pourquoi
des auberges et pas de bons hôtels dans le Centre du pays dans
lesquels un réseau d'enseignants et d'assistants sociaux pourrait
travailler pour permettre à ces gens réfugiés,
sur leurs maigres ressources, à l'intérieur de leur propre pays, de
mener une vie en commun aussi normale que possible ?
L'abandon de ces familles
n'est pas dû à un manque de moyens. Cela relève d'un système. Ce
n'est pas seulement la vie des citoyens israéliens du Sud qui est en
danger, mais aussi leurs maisons et leurs biens, leurs productions
agricoles, leurs emplois, la capacité pour eux de gagner leur vie,
leur santé physique et psychique. Tout leur labeur s'effondre après
des années de fragilisation et d'abandon à eux-mêmes systématiques
inscrits dans la politique néo-libérale agressive du
gouvernement.
Apparemment, les gens de
l' « Enveloppe de Gaza »
ne sont pas différents de n'importe quel autre citoyen qui doit
supporter les dommages de la politique néo-libérale et de la
manière dont le gouvernement se défile de ses responsabilités à
leur égard. Sauf qu'à leur malheur, s'ajoute encore un autre
facteur qui est lui aussi la conséquence de la politique
gouvernementale.
Les gouvernements de
droite ont à ce point fragmenté la société
en sous-groupes qu'on ne voit plus ici des citoyens mais une
image anachronique et superficielle de kibboutzniks. Il est clair que
ni Benjamin Netanyahou, ni Naphtali Bennett ni Ouri Ariel ne les
prennent en compte mais on aurait pu attendre des médias qu'ils
discernent le vrai profil de cette population fragilisée, en
majorité d'origine moyen-orientale ou sud-américaine, et pas le
shmutznik* imaginaire avec sa belle mèche de cheveux.
Les médias doivent
s'opposer à ce système, se rebeller contre lui. Pas le suivre à la
traîne. Sans cela, ils s'associent à l'abandon des habitants
proches de la frontière avec Gaza, à leur présentation comme
symbole de l'éternelle souffrance à la guerre du peuple d'Israël,
à leur aliénation et à l'exigence révoltante qu'ils en paient
eux-mêmes tout le prix.
* [Membre d'un
kibboutz rattaché au mouvement Hashomer Hatzaïr.- ndt]
(Traduction de l'hébreu :
Michel Ghys)