lundi 16 février 2009

Et pendant ce temps, au Liban…

Ran HaCohen - Haokets, 13 février 2009

Je me demande si ceux qui croyaient qu’Israël avait mis fin à l’occupation de Gaza sont maintenant dégrisés, suite à la dernière guerre. C’est-à-dire pas « la dernière » mais seulement la première d’une série de classiques « opérations » coloniales destinées à perpétuer le contrôle sur la région rebelle, comme l’assurent tous les dirigeants du bloc de la Droite (Netanyahou, Livni, Lieberman et Barak) qui ont réussi à faire entrer 85 membres dans le nouveau Parlement (mais il leur est terriblement difficile de constituer une coalition du fait de leurs différences abyssales).

En attendant, il vaut la peine de rappeler que nous n’avons pas même encore renoncé à contrôler notre province du nord (comme on sait, Ben Gourion soutenait que la frontière naturelle d’Israël, c’était le fleuve Litani). Israël a fait savoir aujourd’hui au Hezbollah, par l’intermédiaire des Nations Unies, qu’il « répliquerait durement à toute tentative de la part de l’organisation d’attaquer les avions de la force aérienne volant dans le ciel du pays ». Intéressant : que font des avions de la force aérienne dans le ciel du Liban qui a, jusqu’à plus ample informé, qualité d’Etat souverain ? Petit rappel.

Dans son dernier rapport portant sur l’application de la Résolution 1701 du Conseil de Sécurité qui a mis fin à la seconde guerre du Liban – rapport relativement ancien, datant du 28 février 2008 (1) – le Secrétaire Général des Nations Unies écrivait ceci :

« Durant toute la période d’établissement du rapport, les forces de la FINUL ont observé et rapporté un nombre important de violations israéliennes de l’espace aérien libanais par des avions et des avions sans pilote, à un rythme quasiment quotidien. (…)

« Tous les survols par Israël du territoire libanais constituent des violations de la souveraineté du Liban et de la résolution 1701 (2006). En outre, les violations aériennes créent nécessairement une escalade des tensions et augmentent significativement la possibilité d’incidents de sécurité (…)

« Des violations aériennes sont susceptibles de susciter une crainte superflue au sein de la population locale, en particulier lorsqu’elles sont menées à basse altitude et de manière provocatrice. (…)

« J’ai continué à exprimer de l’inquiétude et à appeler Israël à cesser toutes les violations aériennes. Mes représentants sur place ont fait de même. Le gouvernement libanais continue de protester contre ces actes comme autant de violations graves à la souveraineté libanaise et à la résolution 1701 (2006). Le gouvernement israélien maintient que ces survols sont une mesure de sécurité nécessaire qui se poursuivra jusqu’à ce que ses deux soldats enlevés soient relâchés et que les mesures établies aux paragraphes 14 et 15 de la résolution 1701 (2006) soient intégralement appliquées. »

Notez l’usage cynique qui est fait des soldats enlevés. Une fois ils ont servi de prétexte au déclenchement de la seconde guerre du Liban. Une autre fois ils ont servi de prétexte pour ne pas cesser les survols et ne pas se soumettre aux résolutions de l’ONU. D’une manière semblable, l’enlèvement de Gilad Shalit constitue un prétexte très commode pour imposer le blocus à Gaza.

Comme on sait, les corps des soldats enlevés ont été rendus à Israël en juillet 2008. Et là, six mois plus tard, les vols dans le ciel libanais n’ont pas cessé. Alors, qu’importe ce qu’on a dit ? Nous avons menti et ce n’est pas la première fois. Maintenant, la brute locale (dénommée, comble de l’ironie, « gouvernement de centre-gauche ») menace la province du nord en disant que si, par un excès de culot, elle essaie de faire valoir sa souveraineté sur son territoire, cela constituera une cause de guerre.

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

(1) Pour le texte (en anglais) : ouvrir cette page-ci et cliquer sur le lien du rapport S/2008/235