Version anglaise - Interesting only when they are violent
On dit volontiers que la situation dans les Territoires occupés n’intéresse les Israéliens que lorsqu’il y a des violences et lorsque les événements cadrent avec le discours habituel sur les colons, les checkpoints et les injustices de l’occupation. La vérité du propos éclate une fois de plus quand on voit le peu d’intérêt et la minceur des comptes-rendus suscités par l’amélioration en Cisjordanie de la situation, sur le plan sécuritaire et économique, et de l’ambiance générale.
Ainsi, des processus ayant des incidences majeures sur la situation politique et sur le débat qui accompagne la mise sur pied d’un gouvernement Netanyahou, ne sont pas pris en considération comme ils le mériteraient. Il n’est pas besoin d’une étude approfondie pour savoir que la situation en Cisjordanie diffère à la fois de celle qui ressort des rapports inquiétants parlant de retard, de chômage et de sous-développement économique et aussi du sentiment général que les Territoires occupés sont dangereux et violents.
Il suffit de se promener à Ramallah pour être impressionné par l’atmosphère de paisible effervescence. On est frappé par l’activité économique animée. L’amélioration est visible également dans des villes qui étaient des foyers de violence comme Naplouse ou Hébron. Des journalistes circulant dans la région de Jénine parlent avec étonnement de la vie tranquille et réglée. Des policiers palestiniens contrôlent maintenant un territoire qui était jusqu’il y a peu un bastion d’hommes armés. Malgré l’interdiction, des Arabes israéliens sont retournés aux marchés de Jénine et Tulkarem.
Les chiffres confirment cette image d’un redressement économique : l’an dernier, la croissance de l’activité commerciale a été de plus d’un tiers et, malgré les signes de récession, l’élévation du niveau de vie se poursuit. Certes, le PIB par habitant reste en dessous d’un dixième du PIB israélien et la prospérité est artificielle, fondée qu’elle est sur un flux de contributions venant de l’étranger qui, en dépit des efforts pour cibler les canaux productifs, encouragent une consommation gaspilleuse. Mais l’objectif des donateurs est de soutenir politiquement l’Autorité Palestinienne et de lutter contre le Hamas par des moyens économiques. Ils paraissent y réussir. C’est un fait : la Cisjordanie est restée calme pendant la guerre contre Gaza et n’a pas été entraînée à des réactions violentes, moins même que du côté des Arabes d’Israël.
Les responsables de la sécurité sont conscients de cette amélioration et ils suppriment des checkpoints, facilitent les déplacements et renoncent même à des portions de clôture dans la région de Jérusalem.
Au vu de cette amélioration, peut-être Benjamin Netanyahou a-t-il raison lorsqu’il déclare qu’il faut se centrer sur une « paix économique » et qu’en l’absence d’espoir de solution définitive, il faut œuvrer à la poursuite d’un développement de l’économie dans les Territoires.
Il ne faut pas repousser avec dédain cette position ni la présenter comme une tentative idiote de convertir des aspirations nationales en promesses d’amélioration économique. L’approche inverse, celle du « processus de paix » qui n’a pas encore produit de fruits, peut, elle aussi, apparaître comme une manière de justifier le fait de se dissimuler la réalité.
Le camp de la Gauche reste collé à ses positions et préfère ne pas voir l’amélioration économique dans les Territoires [occupés] ; parce qu’il est interdit de mettre une touche positive à l’image de l’occupation brutale. Le camp de la Droite se dissimule lui aussi cette amélioration économique ; parce qu’alors disparaîtraient les « considérations de sécurité » avancées comme prétexte à des actions de dépossession, à la manière de la clôture.
L’ignorance est commode pour tout le monde, permettant à tous de s’associer à l’idée que les Arabes ne sont intéressants que lorsqu’ils sont violents. Sous couvert de ce manque d’intérêt, se poursuit l’approfondissement du contrôle israélien sur la Cisjordanie (*). Selon une opinion répandue, les Palestiniens lanceront une troisième Intifada, mais peut-être cette opinion découle-t-elle de l’adhésion à l’idée qu’ils ne comprennent que la force. Peut-être sont-ils fatigués de la violence qui les a conduits à une catastrophe et qu’ils adoptent actuellement la stratégie des Arabes d’Israël qui contraint les Israéliens [juifs] à prendre en considération leur lutte non violente et l’accumulation d’une force économique communautaire.
(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)
Ainsi, des processus ayant des incidences majeures sur la situation politique et sur le débat qui accompagne la mise sur pied d’un gouvernement Netanyahou, ne sont pas pris en considération comme ils le mériteraient. Il n’est pas besoin d’une étude approfondie pour savoir que la situation en Cisjordanie diffère à la fois de celle qui ressort des rapports inquiétants parlant de retard, de chômage et de sous-développement économique et aussi du sentiment général que les Territoires occupés sont dangereux et violents.
Il suffit de se promener à Ramallah pour être impressionné par l’atmosphère de paisible effervescence. On est frappé par l’activité économique animée. L’amélioration est visible également dans des villes qui étaient des foyers de violence comme Naplouse ou Hébron. Des journalistes circulant dans la région de Jénine parlent avec étonnement de la vie tranquille et réglée. Des policiers palestiniens contrôlent maintenant un territoire qui était jusqu’il y a peu un bastion d’hommes armés. Malgré l’interdiction, des Arabes israéliens sont retournés aux marchés de Jénine et Tulkarem.
Les chiffres confirment cette image d’un redressement économique : l’an dernier, la croissance de l’activité commerciale a été de plus d’un tiers et, malgré les signes de récession, l’élévation du niveau de vie se poursuit. Certes, le PIB par habitant reste en dessous d’un dixième du PIB israélien et la prospérité est artificielle, fondée qu’elle est sur un flux de contributions venant de l’étranger qui, en dépit des efforts pour cibler les canaux productifs, encouragent une consommation gaspilleuse. Mais l’objectif des donateurs est de soutenir politiquement l’Autorité Palestinienne et de lutter contre le Hamas par des moyens économiques. Ils paraissent y réussir. C’est un fait : la Cisjordanie est restée calme pendant la guerre contre Gaza et n’a pas été entraînée à des réactions violentes, moins même que du côté des Arabes d’Israël.
Les responsables de la sécurité sont conscients de cette amélioration et ils suppriment des checkpoints, facilitent les déplacements et renoncent même à des portions de clôture dans la région de Jérusalem.
Au vu de cette amélioration, peut-être Benjamin Netanyahou a-t-il raison lorsqu’il déclare qu’il faut se centrer sur une « paix économique » et qu’en l’absence d’espoir de solution définitive, il faut œuvrer à la poursuite d’un développement de l’économie dans les Territoires.
Il ne faut pas repousser avec dédain cette position ni la présenter comme une tentative idiote de convertir des aspirations nationales en promesses d’amélioration économique. L’approche inverse, celle du « processus de paix » qui n’a pas encore produit de fruits, peut, elle aussi, apparaître comme une manière de justifier le fait de se dissimuler la réalité.
Le camp de la Gauche reste collé à ses positions et préfère ne pas voir l’amélioration économique dans les Territoires [occupés] ; parce qu’il est interdit de mettre une touche positive à l’image de l’occupation brutale. Le camp de la Droite se dissimule lui aussi cette amélioration économique ; parce qu’alors disparaîtraient les « considérations de sécurité » avancées comme prétexte à des actions de dépossession, à la manière de la clôture.
L’ignorance est commode pour tout le monde, permettant à tous de s’associer à l’idée que les Arabes ne sont intéressants que lorsqu’ils sont violents. Sous couvert de ce manque d’intérêt, se poursuit l’approfondissement du contrôle israélien sur la Cisjordanie (*). Selon une opinion répandue, les Palestiniens lanceront une troisième Intifada, mais peut-être cette opinion découle-t-elle de l’adhésion à l’idée qu’ils ne comprennent que la force. Peut-être sont-ils fatigués de la violence qui les a conduits à une catastrophe et qu’ils adoptent actuellement la stratégie des Arabes d’Israël qui contraint les Israéliens [juifs] à prendre en considération leur lutte non violente et l’accumulation d’une force économique communautaire.
(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)
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(*) Voir par exemple "Israël envisagerait de doubler le nombre de colons en Cisjordanie" (Le Monde, 02.03.09)