Elie Lévy - Maariv, 5 septembre 2008
Ibrahim Sha’aban, du parti Hadash, a présenté sa candidature et réveillé des peurs enfouies qui ont conduit, en réaction, à toute une campagne : « C’est soit ma maison soit leur maison ».
Celui qui se rend à Carmiel, ces temps-ci, ne peut manquer de s’apercevoir que cette ville de Galilée, ordinairement paisible, est prise d’agitation. La raison : l’approche des élections. Pour la première fois depuis la fondation de la ville, un Arabe se présente comme candidat au conseil municipal, soulevant une vague d’opposition.
Deux mois avant la tenue des élections, la campagne actuelle est entrée dans la dernière ligne droite : les balcons des maisons sont ornés des affiches des candidats, on distribue des tracts aux carrefours, aucun habitant ne reste indifférent. Ces jours-ci, deux candidats focalisent l’essentiel de l’attention : Oren Milstein (38 ans), commandant de réserve, fondateur du parti « Ma Maison » qui a, pour la première fois, placé la question de la majorité juive et du caractère juif de la ville à l’ordre du jour, et Ibrahim Sha’aban (54 ans), membre du mouvement Hadash, qui habite Carmiel depuis 18 ans et dont la plate-forme électorale a pour principes l’égalité et l’octroi de droits égaux pour tous.
Les deux hommes ne cherchent pas à accéder à la fonction de maire mais seulement à être membres du conseil. S’il est élu, Sha’aban sera le premier conseiller municipal arabe dans cette ville fondée en 1964 dans le but de judéiser la Galilée. La course pour le fauteuil de maire, Sha’aban et Milstein l’abandonnent à Adi Eldar, le maire légendaire qui bénéficie du soutien du parti Travailliste et de Kadima, et à celle qui fut son adjointe ces dix dernières années, Rina Grinberg, qui jouit du soutien d’Avigdor Lieberman et de l’essentiel de la population juive immigrée de la ville.
Au sein du parti Hadash, on en est encore aux premières phases de l’organisation et la liste des candidatures n’est pas encore clôturée, mais le départ de la course, donné il y a une semaine, a déjà eu son effet en soulevant une tempête. Le mouvement « Ma Maison », de Milstein, s’est empressé de répliquer par un nouveau slogan agressif : « c’est soit ma maison soit leur maison », une formule qui a provoqué la colère y compris chez pas mal de Juifs de la ville.
« Carmiel n’est pas une ville mixte »
Milstein, qui préside le mouvement : « La candidature de ce gars-là n’est rien de plus qu’une brutale provocation, essentiellement parce qu’il n’a objectivement aucune chance. Viendrait-il à l’idée de quelqu'un que la liste du Parti National Religieux ou que le Likoud présente un candidat à Oum El Fahm ? »
« Carmiel doit se réveiller, et vite, et en revenir au temps de l’intégration de Juifs et de la construction intensive pour que des phénomènes de ce genre restent strictement confinés à la marge. Carmiel n’est pas une ville mixte et ne sera jamais une ville mixte. Celui qui a oublié n’a qu’à ouvrir les livres d’histoire pour y voir dans quel but Carmiel a été fondé, parce que si je le dis, on dira que je suis raciste. »
Sha’aban réplique : « J’habite dans un immeuble avec 70 habitants juifs et je suis le seul Arabe et il n’y a aucun problème, avec personne. Je vis depuis 18 ans à Carmiel, mais je travaillais ici depuis bien avant. Ici c’est chez moi, c’est ma maison. Beaucoup de gens font ma promotion, mais tranquillement. Il y a une différence entre ce que j’entends à l’extérieur et ce qu’on me dit. Je n’ai aucun problème à m’asseoir avec quiconque a envie de s’asseoir avec moi pour travailler ensemble au profit de Carmiel. Carmiel est à tout le monde et il y a encore des Arabes qui souhaitent venir ici. N’oubliez pas que Carmiel se fonde économiquement sur le secteur arabe également. Tout le monde a le même droit et un jour peut-être y aura-t-il ici un maire arabe, pourquoi non ? S’il est bon, pourquoi pas ? »
« J’ai des amis arabes »
Milstein tient à préciser qu’il n’est pas de droite : « Je suis de centre gauche, je ne suis pas un raciste et j’ai des amis arabes. Je suis seulement le symbole à la tête du camp des gens de l’endroit. Nous avons été les premiers à soulever la question dont tout le monde parle secrètement dans la ville. »
Carmiel compte aujourd’hui environ 40.000 habitants, dont environ 3.000 Arabes. Lors des dernières élections, qui furent léthargiques et tranquilles, seuls 26% des électeurs potentiels ont voté. Cette année, avec l’agitation que la candidature de Sha’aban a amenée dans la campagne électorale, on estime que le taux de participation devrait atteindre 65%, voire davantage.
Un habitant de Carmiel qui a tenu à rester anonyme : « Le grand problème est que la valeur des appartements baisse à cause du voisinage d’Arabes à côté de Juifs. Voyez ce qui s’est passé à Nazareth Ilit. Je n’ai rien contre les Arabes : certains étaient avec nous bien meilleurs que les Juifs qui s’affichent comme les plus sionistes, mais pour l’amour de dieu, ce sont deux cultures différentes, deux courants différents, et ça n’ira pas ensemble. Dommage pour les deux côtés. » Sha’aban refuse de s’émouvoir : « Nous ne luttons pas pour la coexistence, mais pour l’existence de notre existence à tous les deux. Nous souhaitons tous vivre en paix, dans la quiétude et le bon voisinage. »
(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)
Ibrahim Sha’aban, du parti Hadash, a présenté sa candidature et réveillé des peurs enfouies qui ont conduit, en réaction, à toute une campagne : « C’est soit ma maison soit leur maison ».
Celui qui se rend à Carmiel, ces temps-ci, ne peut manquer de s’apercevoir que cette ville de Galilée, ordinairement paisible, est prise d’agitation. La raison : l’approche des élections. Pour la première fois depuis la fondation de la ville, un Arabe se présente comme candidat au conseil municipal, soulevant une vague d’opposition.
Deux mois avant la tenue des élections, la campagne actuelle est entrée dans la dernière ligne droite : les balcons des maisons sont ornés des affiches des candidats, on distribue des tracts aux carrefours, aucun habitant ne reste indifférent. Ces jours-ci, deux candidats focalisent l’essentiel de l’attention : Oren Milstein (38 ans), commandant de réserve, fondateur du parti « Ma Maison » qui a, pour la première fois, placé la question de la majorité juive et du caractère juif de la ville à l’ordre du jour, et Ibrahim Sha’aban (54 ans), membre du mouvement Hadash, qui habite Carmiel depuis 18 ans et dont la plate-forme électorale a pour principes l’égalité et l’octroi de droits égaux pour tous.
Les deux hommes ne cherchent pas à accéder à la fonction de maire mais seulement à être membres du conseil. S’il est élu, Sha’aban sera le premier conseiller municipal arabe dans cette ville fondée en 1964 dans le but de judéiser la Galilée. La course pour le fauteuil de maire, Sha’aban et Milstein l’abandonnent à Adi Eldar, le maire légendaire qui bénéficie du soutien du parti Travailliste et de Kadima, et à celle qui fut son adjointe ces dix dernières années, Rina Grinberg, qui jouit du soutien d’Avigdor Lieberman et de l’essentiel de la population juive immigrée de la ville.
Au sein du parti Hadash, on en est encore aux premières phases de l’organisation et la liste des candidatures n’est pas encore clôturée, mais le départ de la course, donné il y a une semaine, a déjà eu son effet en soulevant une tempête. Le mouvement « Ma Maison », de Milstein, s’est empressé de répliquer par un nouveau slogan agressif : « c’est soit ma maison soit leur maison », une formule qui a provoqué la colère y compris chez pas mal de Juifs de la ville.
« Carmiel n’est pas une ville mixte »
Milstein, qui préside le mouvement : « La candidature de ce gars-là n’est rien de plus qu’une brutale provocation, essentiellement parce qu’il n’a objectivement aucune chance. Viendrait-il à l’idée de quelqu'un que la liste du Parti National Religieux ou que le Likoud présente un candidat à Oum El Fahm ? »
« Carmiel doit se réveiller, et vite, et en revenir au temps de l’intégration de Juifs et de la construction intensive pour que des phénomènes de ce genre restent strictement confinés à la marge. Carmiel n’est pas une ville mixte et ne sera jamais une ville mixte. Celui qui a oublié n’a qu’à ouvrir les livres d’histoire pour y voir dans quel but Carmiel a été fondé, parce que si je le dis, on dira que je suis raciste. »
Sha’aban réplique : « J’habite dans un immeuble avec 70 habitants juifs et je suis le seul Arabe et il n’y a aucun problème, avec personne. Je vis depuis 18 ans à Carmiel, mais je travaillais ici depuis bien avant. Ici c’est chez moi, c’est ma maison. Beaucoup de gens font ma promotion, mais tranquillement. Il y a une différence entre ce que j’entends à l’extérieur et ce qu’on me dit. Je n’ai aucun problème à m’asseoir avec quiconque a envie de s’asseoir avec moi pour travailler ensemble au profit de Carmiel. Carmiel est à tout le monde et il y a encore des Arabes qui souhaitent venir ici. N’oubliez pas que Carmiel se fonde économiquement sur le secteur arabe également. Tout le monde a le même droit et un jour peut-être y aura-t-il ici un maire arabe, pourquoi non ? S’il est bon, pourquoi pas ? »
« J’ai des amis arabes »
Milstein tient à préciser qu’il n’est pas de droite : « Je suis de centre gauche, je ne suis pas un raciste et j’ai des amis arabes. Je suis seulement le symbole à la tête du camp des gens de l’endroit. Nous avons été les premiers à soulever la question dont tout le monde parle secrètement dans la ville. »
Carmiel compte aujourd’hui environ 40.000 habitants, dont environ 3.000 Arabes. Lors des dernières élections, qui furent léthargiques et tranquilles, seuls 26% des électeurs potentiels ont voté. Cette année, avec l’agitation que la candidature de Sha’aban a amenée dans la campagne électorale, on estime que le taux de participation devrait atteindre 65%, voire davantage.
Un habitant de Carmiel qui a tenu à rester anonyme : « Le grand problème est que la valeur des appartements baisse à cause du voisinage d’Arabes à côté de Juifs. Voyez ce qui s’est passé à Nazareth Ilit. Je n’ai rien contre les Arabes : certains étaient avec nous bien meilleurs que les Juifs qui s’affichent comme les plus sionistes, mais pour l’amour de dieu, ce sont deux cultures différentes, deux courants différents, et ça n’ira pas ensemble. Dommage pour les deux côtés. » Sha’aban refuse de s’émouvoir : « Nous ne luttons pas pour la coexistence, mais pour l’existence de notre existence à tous les deux. Nous souhaitons tous vivre en paix, dans la quiétude et le bon voisinage. »
(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)