dimanche 4 janvier 2009

« Nous n’avons pas de montagnes ni de grottes où nous cacher »

Amira Hass - Haaretz, 31 décembre 2008


On s’efforce, au Hamas, d’empêcher l’effondrement des institutions civiles dans la Bande de Gaza : des policiers ont été dépêchés dans les rues pour tenter d’empêcher pillages et violence.

En dépit du fait que les hauts responsables du gouvernement du Hamas sont entrés dans la clandestinité et que leurs voix ne se donnent plus à entendre en public (exception faite d’un discours enregistré d’Ismaïl Haniyeh), les gens sont impressionnés de voir que le Hamas tente de superviser les événements et qu’il veille à ce qu’il n’y ait pas de crise des institutions civiles. La police civile, dont la plupart des bâtiments ont été bombardés le premier jour et dont de nombreux hommes ont été tués, a publié hier des numéros de téléphone auxquels il est possible de s’adresser pour avoir de l’aide. Les numéros ont été diffusés sur les deux stations de télévision identifiées avec le Hamas – Al Aqsa et Al Quds. En outre, de nombreux policiers en civil ont été déployés dans les rues. Leur présence est destinée à empêcher aussi des pillages ou des explosions de violence. Les autres institutions civiles – municipalités, services de la protection civile (pompiers) et la société d’électricité – fonctionnent elles aussi. A Gaza, les ordures ont été ramassées hier, la société d’électricité travaille sans relâche à remédier aux problèmes occasionnés par les bombardements et les membres de la protection civile se rendent partout où il y a des gens à sauver des ruines. Les membres du Hamas font remarquer que la majorité des employés de ces institutions sont liés à l’organisation. En cela, leur fonctionnement démontre que le pouvoir du Hamas n’a pas disparu et qu’il y a des instructions pour savoir comment fonctionner au quotidien.

Comme une croix volante

N, membre du Hamas : « La Bande de Gaza est comme un plateau. Les bâtiments et nous, nous sommes comme des verres et des assiettes sur ce plateau. Totalement exposés, offerts à toute cette technologie. Les avions – c’est la première fois que nous voyons des avions comme ceux-là dans le ciel, qui ressemblent à une croix volante sur laquelle est tendue une espèce de carré. Toute cette technologie, ils y ont eu recours, durant la nuit, près de notre maison. Avons-nous des montagnes où nous cacher ? Des grottes ? Nous ne pouvons même pas fuir à Beyrouth. A côté de chez nous, il y a un conteneur appartenant à une organisation caritative qui distribue de l’argent aux familles des martyrs. Dans ce conteneur, il y a quelques chaises sur lesquelles les gens peuvent s’asseoir quand ils viennent recevoir de l’argent. Le conteneur a été bombardé. Avec les chaises. Et il a de nouveau été bombardé cette nuit. Pourquoi bombarder deux fois un conteneur ? »

Pourquoi bombarder de nouveau ?

P : « Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi ils bombardent encore et encore les mêmes bâtiments. Une bombe ne suffit pas ? Ils ont bombardé le camp d’entraînement, au nord de chez nous. Trois, quatre fois, ils l’ont bombardé. Tout est à terre, depuis le premier bombardement. Pareil pour le "Bateau" – c’était un bâtiment du Mouhabarat (le renseignement), appelé comme ça en raison de sa forme. Celui-là, en fait, ne s’est pas effondré. Ils l’ont bombardé à plusieurs reprises sans parvenir à le démolir parce que ce sont les Américains qui l’ont construit pour l’Autorité Palestinienne et qu’ensuite le Hamas en a pris le contrôle. C’est apparemment une construction difficile à faire sauter. Mais tous ceux qui habitent aux alentours ont fui, craignant que cette fois, vos pilotes ne viennent larguer une bombe plus puissante. Votre armée contacte les gens par téléphone en exigeant d’eux de quitter leurs maisons. Pas d’armes, pas de munitions, pas de lien avec le Hamas. Mais ils ont peur et s’en vont. C’est comme ça qu’ils vont détruire le Hamas ? Ils ne vont pas détruire le Hamas, ils vont seulement le renforcer. »

Il ne reste rien

Mahmoud Diab : « Le Hamas sait quelle est notre position. Notre programme est politique, pour deux états. Nous avons perdu notre village, Masmiya, en 1948, mais nous sommes attachés à la paix et nous croyons au droit des peuples à la paix et à la stabilité. Mais cette situation modifie notre manière de penser. L’armée ne tirera aucun profit de tout ça. Dans ce quartier, il y a beaucoup de gens qui soutiennent le programme du Président de l’Autorité Palestinienne, Abou Mazen, et qui se sont rendus aux rassemblements à la mémoire d’Arafat. Si vous les bombardez, ils vont se porter contre Abou Mazen. »

« Qui bénéficiera de tous ces bombardements ? Le Hamas. Aujourd’hui, toute la population du monde arabe et musulman et occidental est avec le Hamas. J’en appelle à la population israélienne, européenne et arabe : arrêtez ce massacre. Les choses vont se développer dans la direction inverse. Les Frères musulmans, en Egypte, en Jordanie et partout dans le monde arabe, gagneront. Demain, Israël ne trouvera personne qui veuille vivre avec lui, en coexistence. La société israélienne se trompe quand elle pense qu’un ‘terrorisme d’Etat’ lui apportera quelque chose. Il y a une pression populaire ; demain les gens diront ‘bye bye’ à Abou Mazen. Pour pouvoir rester à sa place, il doit faire cesser les attaques, faire ouvrir les points de passage.

« J’ai aussi un mot pour les responsables palestiniens : c’est l’hiver, nous sommes dehors. Les maisons sont détruites. Il n’y a pas de maisons à louer, il n’y a pas de matériaux de construction. Si la situation reste comme elle est, des dizaines de milliers de personnes mourront, et pas dans les bombardements. Ce qui se passe est bon pour le Hamas, bon pour l’Iran. Le coup vise le Hamas et porte préjudice au Fatah, à l’Autorité Palestinienne. Celui qui croit qu’au sein du Fatah, on se réjouit, se trompe. »

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)